Gregorios III

Lettre de Pâques 2014, Toi aussi tu as une résurrection

14 4 2014


 

Lettre de Pâques 2014
de Sa Béatitude Gregorios III,
Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient,
d’Alexandrie et de Jérusalem
 
 
Toi aussi tu as une résurrection
 
I
 

Nous célébrons la fête de la glorieuse Résurrection de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ pour la quatrième fois consécutive alors que les événements et les calamités de ce qu’on a appelé le “printemps arabe” fauchent des milliers de citoyens dans plus d’un pays arabe, de la Libye à l’Egypte, de la Palestine à l’Irak, au Liban et surtout en Syrie.

C’est justement dans ces pays que les chrétiens ont été dénommés “fils de la Résurrection”. Ils sont tous appelés à participer à la Résurrection de Jésus.

Ma lettre de Pâques, de cette année, est en deux parties. Une partie générale, qui est une méditation spirituelle autour de la Résurrection du Sauveur, à laquelle participe tout croyant en Jésus-Christ. Disons plutôt que chaque croyant en Dieu et en l’éternité attend la résurrection, la renaissance et le renouveau. Et à cette attente nous participons tous : Juifs, Chrétiens et Musulmans.

C’est pour cela que je m’adresse à tous mes frères chrétiens, et à tous nos concitoyens dans notre cher Orient comme le clame le titre de cette lettre, en disant à chaque homme et à chaque femme, avec espérance et amour : Toi aussi tu as une résurrection.

La seconde partie est consacrée à la situation tragique de notre pays bien-aimé, la Syrie, qui continue son chemin de croix, mais qui parviendra un jour, que nous espérons proche, à la joie de la résurrection.


 
La Résurrection de Jésus et celle de l’homme
 
Lève-toi, homme, d’entre les morts ; le Christ ressuscité t’illuminera ! L’icône de la Résurrection est un appel à la résurrection : on y voit Jésus ressuscité qui prend la main de l’homme, d’Adam et d’Eve, et les attire pour les faire sortir de leur tombeau.


Le symbole est clair. Toi, en tant qu’homme, tu es aussi appelé à la résurrection. Tous les dimanches de l’année sont, selon la tradition orientale, une fête de la Résurrection.


La Résurrection est le centre de la vie chrétienne et de toute vie. En tant qu’homme, tu es quotidiennement exposé à la mort, celle du corps, par la maladie et ses différents dérivés, et celle de l’âme, par le péché. De même, tu es appelé tous les jours à résister à la mort et à ses germes dans ton corps et dans ton âme. C’est là une marche toujours renouvelée vers la résurrection. Celle-ci est une vie nouvelle, avec une dimension nouvelle, une ascension, des horizons nouveaux, l’espérance, l’amour, des aspirations, la vision du bien et de la bonté, la recherche de la sainteté. Tu es appelé à cette résurrection, car tu participes à la Résurrection du Christ.
 


La Résurrection, fondement de notre foi
 
Saint Paul dit : “Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés” (I Corinthiens 15, 17). Toute notre foi chrétienne est donc vaine sans la Résurrection de Jésus. C’est pourquoi la Résurrection est un article fondamental de notre Credo : “Je crois (...) en un seul Seigneur, Jésus-Christ, (...) qui a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate, a souffert et a été enseveli ; qui est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures”. Puis il y a cet autre article : “J’attends la résurrection des morts”. Donc la Résurrection du Christ et la nôtre avec Lui sont les colonnes fondamentales de la foi chrétienne.

La Résurrection de Jésus signifie aussi que la vie de l’homme ne se termine pas non plus par l’échec, le péché, le désespoir, la maladie, la souffrance, les catastrophes, la destruction, le néant, la mort et le tombeau. Mais, après la vie et la mort, il y a une vie... une résurrection de l’homme, corps et âme. Ainsi, si l’adage est vrai selon lequel nous sommes nés pour mourir, l’autre adage est encore plus vrai : Nous mourons pour vivre une vie éternelle et immortelle. C’est ainsi, comme nous l’avons indiqué ci-dessus, que se termine le Credo : “J’attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen”. De la sorte, la fin est le vrai commencement.
 

L’église du Saint-Sépulcre : Eglise de la Résurrection
 
Dans la tradition de l’Eglise occidentale et dans la plupart des langues européennes, cette église de Jérusalem s’appelle “Eglise du Saint-Sépulcre”. Par là, on insiste sur la Croix, et les stations du chemin de croix finissent par celle de la Crucifixion. Plus tard, après le Concile Vatican II, on a ajouté la station de la Résurrection.

Dans l’Orient chrétien, et dans les langues arabe, grecque, syriaque, copte, arménienne et éthiopiennes, nous l’appelons : “Eglise de la Résurrection”. Les Orientaux insistent, par cette appellation, sur le Sépulcre vide et la glorieuse Résurrection. Ainsi l’anneau est continu dans la trame de la Passion du Christ, de sa Crucifixion, de sa sépulture, et de la joyeuse fin qui trouve son sommet dans la Résurrection d’entre les morts. En effet, la Passion, la Croix, la souffrance et la mort sont vides de sens sans l’espoir de la Résurrection. Et il n’y a de voie vers la Résurrection que par les stations du Chemin de Croix.

Ainsi, à travers cette double appellation – église du Saint-Sépulcre et église de la Résurrection – s’unissent les significations fondamentales et sublimes de la vie de chaque être humain, comme ce fut le cas dans la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Toi aussi, tu as une croix, et tu as une résurrection ! Le Golgotha est à un jet de pierre du Sépulcre vide. Ainsi en est-il de la vie : s’unissent le Golgotha de chacun, sa croix, sa souffrance, sa maladie, ses calamités et sa mort, qui sont à la fois le chemin et l’entrée vers le bonheur et la joie.

Embrasse la Croix ! Accepte-la ! Vénère l’icône de la Résurrection, et accepte le mystère de la Résurrection dans ta vie quotidienne ! Ainsi, tu uniras dans ta vie les mystères de la Croix et de la Résurrection, comme la même église de Jérusalem renferme, sous son toit, les lieux du Golgotha, de la Crucifixion, du Sépulcre vide et de la glorieuse Résurrection.

Heureux es-tu, avec ta croix et ta résurrection ! Sois heureux, car la Résurrection remplit ta vie de joie, de bonheur, d’espérance et de paix.

 
Le cycle des dimanches après Pâques : une marche de résurrection
 
Ce cycle des dimanches après Pâques est une marche de quarante jours avec le Christ ressuscité, qui, après sa Résurrection, est resté avec ses disciples pendant quarante jours, leur apparaissant, leur parlant des choses du Royaume de Dieu.

Il est vraiment vivant. Il participe aux réunions de ses disciples, qui sont en proie aux doutes et à la peur. Il confirme la foi de Thomas, qui doutait plus que les autres. Il leur donne sa paix et renforce leur volonté.

Il est le compagnon de route. Il accompagne Luc et Cléophas sur le chemin d’Emmaüs. Il mange avec ses disciples. Il partage avec eux ce qu’il y a d’agréable et d’amer dans la vie.

Il est celui qui les oriente vers la vie nouvelle, Il donne leurs pouvoirs à ses disciples, les remplit de l’Esprit Saint afin qu’ils soient ses témoins jusqu’aux extrémités de la terre.
Il est le fondateur d’une Eglise qui est une communauté vivante et qui croit en sa Résurrection, qui croit à la nouvelle vie et au monde nouveau. Elle est fondée sur le Christ, et aussi sur la foi et l’amour de Pierre. “M’aimes-tu ?” Si tu aimes, tu peux être pasteur, authentique et capable de donner, de servir et de sauver.

Il est vraiment vivant, comme Il l’a promis à ses disciples bien-aimés. Il est avec eux jusqu’à la fin des temps.

Le Christ vivant fait participer les fidèles et tous les êtres humains qui vont vers Lui à sa vie et à sa Résurrection.

C’est à cela que nous orientent les commémorations des dimanches qui forment le cycle pascal.

Le dimanche de Thomas est le dimanche de la confirmation de la Résurrection de Jésus. Suit le dimanche des femmes myrophores, de Joseph d’Arimathie et de Nicodème, que l’Eglise vénère pour leur fidélité à Jésus jusqu’à la mort et malgré la mort. Ils sont les fils de la Résurrection.

Le dimanche du Paralytique est un commentaire éclatant de l’icône de la Résurrection. L’être humain participe à la Résurrection du Christ, qui le ressuscite de la maladie, de la souffrance et des infirmités du corps et de l’âme. Le dimanche de la Samaritaine est une indication qui nous fait comprendre que la belle annonce de la vie nouvelle en Christ n’est pas limitée ou monopolisée par un peuple ou une race.

Le dimanche de l’Aveugle-né nous enseigne que le Christ ressuscité d’entre les morts est la lumière du monde, et de toute notre vie.

A travers notre vie chrétienne, nous sommes appelés à marcher vers la résurrection, comme Jésus a cheminé avec ses Apôtres et avec ses autres contemporains, durant sa vie terrestre, avant et après la Résurrection, car Il veut être notre compagnon de route dans la vie nouvelle. Nous sommes les fils (et les filles) de la Résurrection, en marche vers notre résurrection.

 
Le grain de blé
 
“Si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit” (Jean 12, 24).

Ne découvres-tu pas le mystère de ta vie dans l’histoire du grain de blé, et dans la vie de Jésus, sa mort et sa Résurrection ? C’est ce qui est répété dans les hymnes de la fête de Pâques : “Hier, avec Toi, ô Christ, j’étais enseveli, avec Toi je me réveille aujourd’hui, prenant part à ta Résurrection ; après les souffrances de ta crucifixion, accorde-moi de partager, Sauveur, la gloire du royaume des cieux” (troisième ode de l’Orthros).

Toi, tu es un grain de blé donné par Dieu à tes frères les êtres humains. Tu es le grain de blé de ta famille, de ta société et de ta terre. Tu es appelé à porter la fécondité et la vie par ton effort, ton don, ta souffrance, ta maladie, et alors tu auras ta résurrection, et de même auront leur résurrection ta terre et ta société.

 
La fête de Pâques est libération
 
Les prières de Pâques répètent les expressions de la Résurrection et de la libération : “Par ta Passion, ô Christ, Tu nous as libérés de nos passions” (Lucernaire de la Vigile Pascale). Et ailleurs : “Tu es ressuscité, Jésus, et Tu nous as libérés. Tu as conduit l’humanité à la lumière et à la liberté”. Dans ces prières, nous trouvons un écho de la parole de Jésus : “Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera. (...) Si donc le Fils vous libère, vous serez vraiment libres” (Jean 8, 31-32 et 36).

Jésus a déclaré, au début de sa mission, que le but de l’Evangile et de sa mission divine est la réalisation de la prophétie d’Isaïe : “L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’Il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, rendre la liberté aux opprimés” (Luc 4, 18-19 ; Isaïe 61, 1-2).

Jésus a insisté sur la liberté de l’homme, de tout être humain, en disant : “Vous deviendrez libres” (Jean 8, 33).

L’homme a asservi son frère l’homme. En revanche, Dieu libère l’homme. Notre foi, nos dogmes, nos livres saints, toutes nos fêtes sont un appel à la liberté et à la libération, soutenant nos efforts vers la liberté et la dignité. De plus, c’est un appel à libérer tout l’être humain, et cela pas seulement dans des circonstances politiques déterminées. Le grand appel continu, c’est l’appel à la libération parfaite, spirituelle et humaine, pour que le cœur et l’âme soient libres du péché, pour la liberté de conscience et de pensée. C’est un appel à marcher dans la nouveauté de la vie, dans la lumière, dans la vraie liberté, à rétablir la beauté de l’image de Dieu dans l’homme, image de gloire, de dignité, de respect, de justice, d’amour et de paix.

 
Fils de la Résurrection
 
C’est une expression familière chez les moines, principalement ceux de Palestine. Les Fils de la Résurrection sont un groupe de chrétiens dédiés au service liturgique de l’Eglise. C’est aussi un groupe de moines et d’ermites dédiés à ce même service, bien entendu célibataires et baptisés.

Le baptême est profondément lié à la Résurrection. Au cours des premiers siècles, il était administré pendant le temps pascal. C’est dans ce sens que Saint Paul nous dit : “Nous tous, qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, c’est en sa mort que nous avons été baptisés. Nous avons donc été mis au tombeau avec Lui par le baptême qui nous plonge en la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions semblablement, nous aussi, une vie nouvelle” (Romains 6, 3-4).
Saint Jean Damascène nous dit, dans le canon de Pâques : “Hier, avec Toi, ô Christ, j’étais enseveli, avec Toi je me réveille aujourd’hui, prenant part à ta Résurrection” (troisième ode).

 La vierge et martyre sainte Thècle s’adresse à Jésus, son époux, en disant, dans une hymne : “Mon Epoux, je me languis de Toi. Je lutte pour Toi. Je suis crucifiée avec Toi dans ton baptême. Je souffre pour Toi afin de régner avec Toi. Je meurs pour Toi afin de vivre en Toi !”.

Le baptême est un pacte avec le Christ ressuscité et vivant. C’est un appel à la vie nouvelle avec le Christ. C’est pour cela que les premiers chrétiens retardaient la réception du sacrement du baptême jusqu’au jour où ils pouvaient vraiment remplir les obligations du pacte du baptême, c’est-à-dire refuser Satan et le péché et vivre la vie de la grâce, devenant ainsi de vrais fils de la Résurrection. Ainsi, l’Eglise se déclare une communauté vivante, une communauté de résurrection.

Les fils et les filles de l’Eglise, parce que baptisés dans le Christ, sont les fils et les filles de la Résurrection, du Nouveau Testament, du nouveau pacte avec le Christ vivant, et doivent former une élite sainte.

Toi, chrétien baptisé, fils de la Résurrection, fils de Jérusalem qui est la ville de la Résurrection, fils de la Terre Sainte qui est la terre de la Résurrection, reconnait donc la noblesse de ta vocation.

La Résurrection est un appel à une vie chrétienne fervente, sérieuse et engagée. A tous, fils et filles de la Résurrection, j’adresse le salut de l’annonce de la Résurrection : Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !

 
L’espoir de la résurrection
 
Nous espérons que se réalisera cette résurrection pour nos défunts et nos martyrs. Puisse-t-elle se réaliser aussi pour nous, les vivants ! Nous voulons nous déclarer comme un peuple qui croit en la résurrection et en la vie. Dans toutes les conditions de notre vie, et malgré les circonstances tragiques de notre vie actuelle, nous croyons que

La mort sera vaincue ;
La violence sera repoussée ;
La force sera défaite ;
L’arc sera brisé ;
Le cercle sera ouvert ;
Les liens seront déliés ;
Les tombeaux seront ouverts ;
Les ténèbres seront dissipées ;
La lumière brillera ;
Le soleil se lèvera ;
Les fleurs s’épanouiront ;
Les bourgeons croîtront ;
Les épis mûriront ;
Les enfants riront et danseront ;
Les femmes qui ont perdu leurs enfants chanteront ;
Le nouvel homme naîtra.

La civilisation de l’amour s’établira sur la terre des Prophètes, des Apôtres et des Saints, sur la Terre Sainte et dans la ville de Jérusalem qui est la ville de la Résurrection, dans nos pays d’Orient qui sont le berceau du christianisme, des religions et des civilisations.

Nous resterons ensemble, chrétiens et musulmans, dans cette marche des martyrs, vers un avenir meilleur, dans cette marche de la vie, de la dignité et de la résurrection.
 

 
II. La crise syrienne
 
 
La guerre détruit les espoirs de résurrection
 
Nous présentons ici quelques aspects de l’enseignement du Concile Vatican II dans la Constitution Pastorale Gaudium et spes “sur l’Eglise dans le monde de ce temps”. Cela pourra nous donner une lumière sur la tragédie de la crise syrienne.

“Dans la mesure où les hommes sont pécheurs, le danger de guerre menace, et il en sera ainsi jusqu’au retour du Christ. Mais dans la mesure où, unis dans l’amour, les hommes surmontent le péché, ils surmontent aussi la violence, jusqu’à l’accomplissement de cette parole : De leurs épées ils forgeront des socs et de leurs lances des faucilles. Les nations ne tireront plus l’épée l’une contre l’autre et ne s’exerceront plus au combat (Isaïe 2, 4)” (n° 78 § 6).

“La guerre, assurément, n’a pas disparu de l’horizon humain. (...) La puissance des armes ne légitime pas tout usage de cette force à des fins politiques ou militaires. Et ce n’est pas parce que la guerre est malheureusement engagée que tout devient, par le fait même, licite entre parties adverses” (n° 79 § 4).

“Si l’on utilisait complètement les moyens déjà stockés dans les arsenaux des grandes puissances, il n’en résulterait rien de moins que l’extermination presque totale et parfaitement réciproque de chacun des adversaires par l’autre” (n° 80 § 1).

“Le risque particulier de la guerre moderne consiste en ce qu’elle fournit pour ainsi dire l’occasion à ceux qui possèdent des armes scientifiques plus récentes de commettre de tels crimes ; et, par un enchaînement en quelque sorte inexorable, elle peut pousser la volonté humaine aux plus atroces décisions” (n° 80 § 5).

 
La confiance entre les peuples
 
“Mettons à profit le délai dont nous jouissons et qui nous est concédé d’en haut, pour que, plus conscients de nos responsabilités personnelles, nous trouvions les méthodes qui nous permettront de régler nos différends d’une manière plus digne de l’homme” (n° 81 § 4).

“Il faut que les instances internationales suprêmes d’aujourd’hui s’appliquent avec énergie à l’étude des moyens les plus capables de procurer la sécurité commune. Comme la paix doit naître de la confiance mutuelle entre peuples au lieu d’être imposée aux nations par la terreur des armes, tous doivent travailler à mettre enfin un terme à la course aux armements” (n° 82 § 1).

 
Le rôle des croyants
 
“Les propositions que ce saint Synode vient de formuler ont pour but d’aider tous les hommes de notre temps, qu’ils croient en Dieu ou qu’ils ne le reconnaissent pas explicitement, à percevoir avec une plus grande clarté la plénitude de leur vocation, à rendre le monde plus conforme à l’éminente dignité de l’homme, à rechercher une fraternité universelle, appuyée sur des fondements plus profonds, et, sous l’impulsion de l’amour, à répondre généreusement et d’un commun effort aux appels les plus pressants de notre époque” (n° 91 § 1).

 
Une vision de foi
 
Ces valeurs évangéliques exprimées dans les enseignements de Vatican II cités ci-dessus ont toujours inspiré mes positions, mon comportement, mes déclarations, mes interviews, mes articles et mes lettres pastorales (depuis 2001), ainsi que ma participation à des congrès internationaux, mes visites dans différentes capitales du monde et mes rencontres avec différentes personnalités religieuses et politiques appartenant à des partis de diverses orientations.

A travers tout cela, j’ai voulu formuler mes convictions fondées sur les valeurs de ma foi, de ma vision chrétienne et nationale, en tant que pasteur qui, avec l’œil de la foi, de l’espérance et de la charité, et à partir de la volonté de dialogue, de solidarité, de responsabilité et de réconciliation, suit cette crise syrienne qui n’a pas de précédent dans l’histoire de ce pays et même dans tout le Proche-Orient.

A partir de ces convictions spirituelles, nous avons l’obligation d’écarter tous les sentiments d’aversion, de haine, de violence, de vengeance, de destruction ou d’atteinte à la vie d’autrui. Proclamons, tous les Syriens ensemble, notre foi dans la Résurrection, dans la vie. Je crois, nous croyons en la vie. Je crois, nous croyons en l’amour, la tolérance, la miséricorde, l’amitié, la réconciliation, la pacification, le pardon, la fraternité, l’humanité et la compassion réciproque. Je ne crois pas en la violence, la terreur, la vengeance ni le massacre.

 
Le danger des séquelles de la crise syrienne
 
Tant de souffrances accablent le peuple syrien, dans toutes ses composantes sociales et ses groupes religieux. Tous les jours, les statistiques nous apportent des chiffres terrifiants, qui pèsent sur chaque citoyen syrien.

Nous voudrions surtout attirer l’attention sur d’autres dangers qui menacent notre société à cause de la crise syrienne, et qui sont le produit des idées takfiristes (extrémistes). En effet, on voit le danger d’augmentation de sentiments de haine, de rancœur, de vengeance, de dureté de cœur, de violence, d’injustice, de contrainte, d’extorsions, d’isolement, de refus et de mépris de l’autre (de ses sentiments et de ses croyances), de défiance, de suspicion, de fondamentalisme, de retour au principe de “dent pour dent et œil pour œil”.

Nous savons tous que cela est plus dangereux, pour notre société syrienne, que les blessures qui ensanglantent le corps des membres du peuple syrien, plus dangereux que la guerre et les massacres mutuels qui ont sévi en Syrie durant ces trois dernières années. C’est pour cela qu’il est très urgent et impératif de renforcer et de protéger notre société et notre Patrie contre ces dangers, ces épidémies et ces courants destructeurs.

Je trouve qu’il est absolument nécessaire que nous, les pasteurs de l’Eglise, nous nous consacrions à combattre ces courants et ces orientations en présentant clairement les valeurs du saint Evangile et les enseignements de l’Eglise, surtout du Concile Vatican II, mentionnés ci-dessus, se rapportant à ces questions et ces pensées.

C’est pour cela que je travaille à la création d’un Forum Syrien d’intellectuels, qui réunirait une élite de penseurs chrétiens, croyants et engagés dans les problèmes de la société syrienne. On y travaillera à formuler les principes, les méthodes et les programmes fondés sur nos valeurs nationales et les enseignements du saint Evangile. Tout cela sera exprimé dans une charte pour la conduite de chaque chrétien, un programme pour l’engagement pratique du chrétien dans tous les secteurs de notre société syrienne, et pour combattre les idées destructrices évoquées plus haut, venues du dehors de la Syrie, qui œuvrent à désintégrer notre société.

Nous considérons que la création d’un tel Forum, avec ces idées et ces buts, aura un impact intellectuel considérable dans notre société syrienne. Il tracera les lignes d’une interaction du chrétien dans sa société syrienne, de son engagement pour les causes de cette société, dans le cadre d’une solidarité islamo-chrétienne, afin d’œuvrer pour une société meilleure, fondée sur les valeurs de l’Evangile et de la foi chez les chrétiens et les musulmans.

Ce Forum aura, si Dieu le veut, une grande influence pour former et développer une vision chrétienne de la crise syrienne, qui aidera à assurer l’avenir des chrétiens en Syrie et dans les autres pays arabes, de même que leur présence, leur rôle et leur mission dans la société arabe. Nous espérons que ce projet de Forum sera discuté et fera son chemin dans nos paroisses, chez nos prêtres et chez les penseurs qui sont concernés par les problèmes du pays.

Nous voudrions exprimer une autre considération au sujet de la pensée takfiriste musulmane et de ses conséquences. Cette vague idéologique déforme l’image de l’Islam, et même implique clairement, en profondeur, un complot contre l’Islam et contre les musulmans, ainsi que contre le monde arabe entier, avec ses chrétiens et ses musulmans. Le Ministère des Awqaf s’est hâté de défendre l’Islam et a publié deux volumes d’études sous le titre “Le Fikh (= la jurisprudence) de la crise”, dans lesquels il y a une réfutation de l’idéologie extrémiste takfiriste.

Nous félicitons le Ministère pour cette publication. C’est la meilleure façon de défendre l’Islam et de combattre les courants takfiristes.

 
L’amour ne défaille jamais
 
L’amour couvre une grande somme de péchés. L’amour ne défaille jamais. L’amour reconstruira la Syrie qui sera ainsi renouvelée. C’est ce que Jésus nous enseigne dans son Evangile. Je considère que c’est là le meilleur apport que les chrétiens peuvent offrir dans le drame syrien, entré dans sa quatrième année.

Oui ! La meilleure participation consiste dans le fait que les chrétiens puissent diffuser et propager partout en Syrie cet amour sincère et universel. C’est le mieux que nous puissions offrir, nous, les chrétiens, à notre bien-aimée Patrie, la Syrie, à nos frères et concitoyens syriens, sans exception ni exclusion, jusque dans les tranchées du front de combat.

A toi la résurrection, ô Syrie ! Tout homme a droit à la vie et à la résurrection. Puisse la Syrie, qui est entrée dans la quatrième année de son chemin de croix, puisse-t-elle continuer à être la Patrie de la résurrection, de la vie et de l’amour !

Nous ne voulons pas plus de martyrs ! Nous ne voulons pas plus d’orphelins ! Nous ne voulons pas plus de veuves et plus de mères qui ont perdu leur enfant ! Nous ne voulons pas plus de millions d’enfants traumatisés ! Assez de blessés ! Assez de handicapés et de mutilés ou défigurés ! Assez de gens en proie à la peur, à la haine et à la rancœur ! Assez d’enlèvements et d’extorsions !

Nous voulons des témoins vivants de la Syrie, de son histoire, de sa civilisation d’amour, de développement, de science et d’industrie ! Des Syriens qui “forgeront leurs épées en socs, leurs lances en faucilles. Les nations ne tireront plus l’épée l’une contre l’autre et ne s’exerceront plus au combat” (Isaïe 2, 4).

Nous aussi, nous disons : Laissez les armes ! Jetez de côté toutes vos armes ! Forgeons-les en faucilles, en instruments de vie, de construction, de développement ! Je me suis lassé de parler de la Syrie triste et souffrante, des déplacés, des sans abri, des blessés, des victimes, des morts, des martyrs, des réfugiés, des affamés. Je veux parler des Syriens en sécurité, heureux et contents, de leurs joies, de leurs promenades, de leurs célébrations, de leurs noces. Je veux vivre les noces de la Syrie joyeuse, ressuscitée, vivante !

Je veux que les Syriens se réjouissent de nouveau en célébrant la fête de Pâques, de la Résurrection, comme se sont réjouis Pierre et les autres Apôtres, les deux disciples d’Emmaüs, Marie Madeleine et les femmes myrophores.

Je veux que Damas et toute la Syrie revivent la joie de Paul quand il rencontra le Christ ressuscité d’entre les morts à la porte de Damas.

 
L’Eglise de Damas, souffrante et priante
 
L’Eglise de Damas est fière d’être caractérisée par les prières des jours saints du Carême. Nous pouvons assurer, et nous en remercions Dieu, que presque toutes nos églises ont été pleines tout au long de ce Carême.

Ainsi l’Eglise de Damas souffrante, comme l’Eglise de Syrie souffrante, se transforme en milliers de mains jointes pour les victimes de la guerre, de la terreur et de la violence, pour implorer la paix, la sécurité, la réconciliation, la stabilité, l’amour et la fin de la souffrance des millions de réfugiés, de déplacés, de handicapés, de blessés, d’endeuillés.

L’Eglise de Damas et de toute la Syrie a continué, avec courage, foi, espérance et charité son chemin de croix pendant ce saint Carême, ne laissant pas la flamme de l’espoir s’éteindre dans les âmes de ses fidèles, comme nous l’a recommandé le Pape François, qui nous a invités à ne pas perdre “le courage de la prière” (Message pour le Carême 2014), espérant que se lève l’aube de la paix et de la résurrection sur tous nos concitoyens et sur leur terre.

 
Discours aux Syriens
 
Mes frères, mes chers Syriens, je vous aime ! Dieu vous aime ! Dieu vous demande de vous aimer les uns les autres. Dieu vous veut réconciliés et solidaires, formant un seul rang pour votre cher pays, la Syrie, notre unique Patrie. C’est notre grande Patrie commune depuis des siècles. Soyons unis ! Soyons un seul cœur, une seule pensée, un seul but ! Rassemblons-nous pour l’amour, le bien, l’accord, la tolérance, la réconciliation et la paix ! Nous sommes capables, ensemble, de résoudre nos problèmes, de panser nos plaies, de dépasser nos différends, et de réaliser les espoirs et les aspirations de tous.

Ensemble, nous pouvons assurer l’avenir de nos générations de jeunes. Ensemble, nous sommes capables de reconstruire et de renouveler la Syrie, de faire revenir les réfugiés et de reconstruire nos maisons, nos écoles, nos institutions vitales, nos églises et nos mosquées.

En tant que citoyen syrien, Patriarche et pasteur, prêt à donner sa vie et son âme pour la Syrie bien-aimée, je vous appelle et je vous conjure : écoutez la voix de notre histoire, du patrimoine de nos pères et ancêtres, qui ont vécu ensemble, planté ensemble, qui ont construit ensemble des maisons et des palais, des merveilles de civilisation, de développement, de prospérité, de sécurité et de stabilité.

Il y a une très belle strophe, dans les Stichères de Pâques : “C’est le jour de la Résurrection, en cette fête rayonnons, l’un l’autre embrassons-nous ; du nom de frères appelons même nos ennemis, pardonnons à cause de la Résurrection afin de pouvoir chanter : Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort Il a triomphé de la mort, Il nous délivre du tombeau pour nous donner la vie”.

Oui, pardonnons ! Réconcilions-nous ! Comme nous sommes heureux quand nous lisons et écoutons les nouvelles de la réconciliation ça et là, entre les citoyens, dans les quartiers et les villages... C’est l’avenir prometteur ! C’est la devise que j’ai lancée en août 2012 : “La réconciliation, seule planche de salut pour la Syrie”. Nous accompagnons les efforts déployés pour appuyer la réconciliation, et cela par nos prières, notre participation à divers congrès, nos interviews aux divers moyens de communication sociale... Nous bénissons les efforts du Ministère de la Réconciliation du gouvernement syrien.

 
Je n’ai plus peur
 
Le Pape François se rendra en Terre Sainte en Jordanie et en Palestine en mai prochain. C’est une visite veut commémorer le cinquantième anniversaire de la rencontre du Pape Paul VI et du Patriarche Œcuménique Athénagoras en 1964 à Jérusalem, ville de la Résurrection. Ce fut la première rencontre entre le Pape de Rome et le Patriarche de Constantinople depuis le Grand Schisme de 1054. Après cela, il y eut différentes rencontres à Constantinople, à Rome et ailleurs.

Nous souhaitons la bienvenue à Sa Sainteté le Pape François. Nous le remercions de son amour pour la Syrie, de sa prière pour elle, et les mentions qu’il fait d’elle en plusieurs occasions, appelant le monde à œuvrer pour la paix sur notre terre. Nous allons lui adresser un message au nom de l’Assemblée de la Hiérarchie Catholique en Syrie, et nous espérons qu’il viendra visiter la Syrie pour célébrer sa victoire et sa paix.

A cette occasion, je voudrais citer ces paroles d’une magnifique déclaration spirituelle du Patriarche Athénagoras. Puissent-t-elles inspirer tous les Syriens, afin de découvrir la vraie force, fondée sur l’amour. Car celui qui aime n’a pas peur :

“Il faut arriver à se désarmer. (...) Je suis désarmé. Je n’ai plus peur de rien, car l’amour chasse la peur. Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres. (...) J’accueille et je partage. (...) Ce qui est bon, vrai, réel est toujours pour moi le meilleur. C’est pourquoi je n’ai plus peur. (...) Si l’on se désarme, si l’on ouvre au Dieu-Homme qui fait toutes choses nouvelles, alors, Lui efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible”.

 
La conférence de Genève devrait se tenir en Syrie
 
Nous affirmons et déclarons, en vérité et sincérité, avec respect pour tous les groupes en Syrie, pour l’opposition et toutes les factions, et je le dis aussi aux autres pays arabes, à l’Union Européenne, aux Nations Unies, aux Etats-Unis d’Amérique, à la Russie et à la Chine : La continuation de la conférence de Genève-2, ou Genève-3, doit se tenir en Syrie ! Nous pouvons continuer Genève-2 ou faire Genève-3 ! Nous, et personne d’autre ! Nous, les Syriens, nous pouvons faire revenir la paix, la sécurité et la stabilité en Syrie !

 
Appel au monde
 
En ce début de la quatrième année de la crise syrienne, sanglante et tragique, je lance cet appel de l’Eglise de Damas, souffrante et priante, qui a jeûné pendant le saint Carême et qui continue son chemin de croix avec tous les citoyens de ce pays bien-aimé, berceau du christianisme, des religions et des civilisations.

En cette grande fête de la Résurrection, nous adressons de nouveau un appel fervent, fort, suppliant, dans l’amour et l’espérance.

Fort de notre foi chrétienne, de notre mission spirituelle et de notre rôle, en tant que pasteur et Patriarche, nous nous adressons à tous : le Président de notre pays et ses collaborateurs, tous les pays arabes, les Etats-Unis d’Amérique, la Russie, les pays de l’Union Européenne, toutes les nations du monde, les pacifistes, les titulaires du Prix Nobel de la Paix, tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté, les cœurs purs, les responsables des moyens de communication sociale, les gens de lettres, les penseurs, les industriels et les commerçants, les marchands d’armes... Nous vous appelons tous à déployer tous les efforts possibles pour la paix en Syrie. La tragédie syrienne a dépassé toute mesure et toute limite ! Elle atteint presque tous les citoyens syriens. Nous demandons à Dieu d’écouter cet appel. Qu’Il oriente vos cœurs pour écouter son appel et notre appel.

La mort règne en Syrie ! On ne peut pas continuer la marche de la mort ! Nous devons rassembler nos efforts, à l’intérieur et à l’extérieur, le gouvernement, l’opposition, tous les partis, et les gens de bonne volonté, pour arrêter le flot du sang syrien et marcher vers la résurrection ! Nous sommes tous les fils et les filles de la Syrie, à qui Dieu a donné la lumière de la vie. Nous sommes appelés à la vie, et non à la mort. En tant que citoyen syrien et Patriarche syrien, je conjure chaque Syrien de marcher, avec ses concitoyens, sur le chemin de la résurrection et de la vie, afin que tous aient la vie et l’aient en abondance (cf. Jean 10, 10). Plus de guerre ! Plus de violence ! Plus de massacres !

Nous devons tous tendre à réaliser la trêve de la vie. Nous devons répudier la logique de la guerre et de la force : c’est une logique égoïste et meurtrière !

Je lance cet appel au monde entier, au nom des pauvres, des faibles, des veuves, des victimes, des morts, des blessés, des mutilés, de ceux qui sont défigurés, des déplacés, des réfugiés, des sans abri, des affamés, des enfants, des vieillards, des femmes enceintes, des handicapés, de tous ceux qui sont dans le désespoir, la douleur et le découragement, autant de personnes que je rencontre souvent, à la frontière syro-libanaise lorsque je voyage de Beyrouth à Damas, ou lors de mes visites aux familles des victimes et aux sinistrés. Tous sont sous le poids de la peur concernant l’avenir et le destin de leurs familles, de leurs enfants, des jeunes.

Devant cette image si sombre et sanglante de notre cher pays, la Syrie, je m’adresse aux nations du monde entier, et je les conjure : Ayez pitié de la Syrie ! Laissez la Syrie aux Syriens ! Cela suffit avec vos armes, vos combattants, vos mercenaires, vos aventuriers armés, vos jihadistes, vos takfiristes !

Nous leur disons à tous, avec une grande franchise : La guerre n’a pas réussi ! La violence n’a pas réussi ! Les armes n’ont pas réussi ! L’armement des groupes avec toutes sortes d’armes n’a pas réussi ! Vos visions, vos théories, vos prophéties au sujet de la chute de la Syrie, de son Président et de son gouvernement depuis le début de la crise en 2011 n’ont pas été réalisées. Vos propagandes publicitaires falsifiées n’ont pas réussi. Les projets et complots de certains pays arabes et européens n’ont pas réussi. Les sanctions économiques n’ont pas réussi. Les menaces de fer et de feu n’ont pas réussi. Les alliances n’ont pas réussi.

Devant tous ces échecs, n’est-il pas temps que le monde se convainque que personne n’est vainqueur par la guerre, que la solution politique est la meilleure, et que les Syriens sont les seuls qui décideront de leur avenir, qui diront qui doit être leur Président et leur gouvernement et que doit être leur Constitution ?

Ou bien semble-t-il que le monde est décidé à continuer une guerre d’extermination du peuple syrien et de destruction de ses institutions, de son patrimoine, de ses églises et de ses mosquées, une guerre qui affame, appauvrit, disperse et tue son peuple et ses enfants, qui brise sa résistance et son moral ? Et cela pour réaliser ses intérêts et ses plans ?

Et qui est la victime ? C’est le peuple syrien, souffrant et blessé, que j’ai décrit ci-dessus.

Au nom de la Syrie, je conjure le monde : Otez vos mains de la Syrie ! Que s’arrête la stratégie de la guerre ! Œuvrons ensemble, la Syrie et tous les pays du monde qui aiment la paix, pour faire régner la paix en Syrie ! Car la paix de la Syrie est la paix de toute la région du Proche-Orient, et surtout de la Terre Sainte. La Syrie mérite l’intérêt, l’amour et la confiance du monde entier !

Nous ne voulons pas que la Syrie soit la terre de la guerre, du meurtre, de la violence et du terrorisme ; mais nous voulons qu’elle soit, comme nous lisons dans les affiches des rues de Damas : “Syrie, ta terre est sainte, terre de l’amour et de la paix”.

 
A toi la résurrection, ô Syrie
 
La Syrie est la terre de la Résurrection. A la porte de Damas, Paul de Tarse a vu le Christ ressuscité d’entre les morts. Il venait à Damas comme persécuteur. Il en est parti comme Apôtre, prédicateur de la Résurrection. C’est pour cela que la Syrie est la terre de la Résurrection. Nous l’avons dit : le titre de ses enfants est “Fils de la Résurrection”.
Aujourd’hui, nous nous adressons à nos concitoyens, les fils et les filles de la Syrie, en leur donnant ce titre historique, si glorieux : Oh fils et filles de la Syrie ! Vous êtes les fils de la Résurrection, fils de la vie. Vous n’êtes pas les fils de la mort, vous n’êtes pas des instruments de mort. Vous n’êtes pas les fils de la violence, de la terreur, de la torture et des massacres. Soyez toujours les fils de la Résurrection et de la vie !

 
Que quittent la terre pure de la Syrie tous ceux qui veulent détruire notre amour, notre convivialité, qui tuent et versent le sang sur notre terre, qui sèment les idées de takfirisme, de haine, d’inimitié, de division, de sédition ! Ce sont autant d’agents de mort !

Nous disons à la Syrie ce que Jésus a dit, dans une synagogue, lorsqu’Il a guéri la femme courbée : “Femme, te voilà délivrée de ton infirmité” (Luc 13, 12).

Nous lui disons : Toi, Syrie, tu as une résurrection ! Tu as une résurrection, toi, mon frère chrétien ! Tu as une résurrection, toi, mon frère musulman ! Tu as une résurrection, toi qui te caches sous terre ! Tu as une résurrection, toi, mon frère combattant !

 
Souhaits pour la fête
 
Je présente ici mes souhaits pour la fête de la glorieuse Résurrection, pour cette fête de Pâques du Seigneur, célébrée cette année à la même date dans toutes nos Eglises. Je présente ces souhaits à mes frères les Métropolites, Archevêques et Evêques membres de notre Saint-Synode, à mes frères et fils les prêtres, les diacres, les religieux, les religieuses et tous les fidèles de nos paroisses, dans les pays arabes et dans ceux de l’émigration (notamment ceux où arrivent de nouveaux émigrés syriens). J’offre ces souhaits à tous les chrétiens qui célêbrent Pâques ensemble cette année, et de même à tous nos concitoyens, à mes frères musulmans qui croient en la résurrection, comme on lit dans ce verset coranique : “Paix sur moi le jour de ma naissance, de ma mort et de ma résurrection” (Sourate “Mariam” 19, 33).

Je conclus cette lettre par un des plus beaux chants de la célébration de la glorieuse Résurrection, lorsque nous nous adressons au Christ ressuscité, fiers de sa Résurrection (neuvième ode de l’Orthros) : “O charme divin, ô douceur ineffable de ta voix, car sans mensonge Tu nous a promis, ô Christ, d’être avec nous jusqu’à la fin des temps ; et nous, fidèles, dont l’espoir repose sur cette promesse, nous exultons de joie”.

 
Avec mon affection et ma bénédiction.
 
 

 

+ Gregorios III
Damas, le 20 avril 2014