Gregorios III

Pascha 2015

25 3 2015

 
Lettre de Sa Béatitude
Gregorios III,
Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient,
d’Alexandrie et de Jérusalem,
pour la fête de Pâques 2015
 
De Gregorios, serviteur de Jésus-Christ,
par la miséricorde de Dieu
Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient,
d’Alexandrie et de Jérusalem,
 
A nos frères les Hiérarques membres du Saint-Synode,
et à tous nos fils et toutes nos filles dans le Christ Jésus,
appelés à être saints, avec tous ceux qui invoquent le nom de leur Seigneur et notre Seigneur Jésus-Christ,
“à vous grâce et paix de par Dieu, notre Père,
et le Seigneur Jésus-Christ”
(1 Corinthiens1, 3).
 
Bonne nouvelle de la Résurrection !
Bonne nouvelle de la vie !
 
Nous apportons cette bonne nouvelle à tous ceux qui liront cette lettre. Nous exprimons cette annonce dans la brève, magique et spontanée salutation pascale, quand nous nous exclamons : “Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !” Cette annonce est partagée par celui qui l’exprime et par celui qui l’entend. Elle est pleine de foi et de joie, proclamée par les petits et les grands. Nous la répétons des centaines de fois le jour de Pâques et pendant le temps pascal. C’est l’annonce de la vie !
Les Myrophores, les saintes femmes porteuses de parfum qui accompagnaient le Christ lorsqu’Il cheminait et proclamait le Royaume des cieux, le Royaume de l’amour et de la vie, furent les premières à annoncer la Résurrection aux Apôtres apeurés et remplis de doutes. C’est pourquoi leur a été donné le beau titre, magnifique et glorieux, de Saintes Myrophores, égales aux Apôtres.
 
Bonne nouvelle de la vie : substance du christianisme
 
Cela signifie que le noyau et le fondement de la foi chrétienne, c’est la Résurrection. Cela signifie que la vie est le fin fond du message du Christ, lorsqu’Il dit : “Je suis venu, moi, pour qu’on ait la vie, et qu’on l’ait surabondante” (Jean 10, 10). Cela signifie que celui qui croit au Christ croit en la vie, car la bonne nouvelle de la Résurrection est la bonne nouvelle de la vie.
La bonne nouvelle de la Résurrection, ayant été annoncée par les Myrophores, devint la grande nouvelle sur les lèvres des Apôtres, qui la communiquèrent de l’un à l’autre : Pierre aux Douze, et Marc, Cléopas et Luc à d’autres parmi les Soixante-Douze. Paul excella comme Apôtre et maître de la Résurrection : aucune de ses Epîtres n’omet de mentionner la Résurrection. On peut dire que la Résurrection, l’un des grands concepts de la théologie de Saint Paul, est devenue une réalité quotidienne dans la vie de tout croyant.
Ainsi la Résurrection n’est pas seulement la bonne nouvelle de la vie future – comme nous disons dans le Credo : “J’attends la résurrection des morts, et la vie du siècle à venir” – mais elle nous a été annoncée pour notre vie sur terre maintenant. Comme dit Saint Paul, “Afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions semblablement, nous aussi, une vie nouvelle” (Romains 6.4).
Toute la vie est une transition, un Passage, une Pascha. Nous disons qu’elle est passagère : les années ont fui loin de nous comme le vol d’un oiseau. Les Juifs ou Hébreux furent appelés ainsi après la traversée de la Mer Rouge, qui symbolise notre passage vers la liberté, la dignité et une vie meilleure, notre passage du péché à la vertu, du mal au bien, de la fausseté à la vérité.
Toute notre vie a pour but la vie et la résurrection. Nous faisons tout notre possible pour croître et nous développer, pour combattre tous les aspects de la mort grâce à la médecine et d’autres inventions, toutes orientées vers la vie. Saint Paul chante une hymne de victoire sur la mort : “Où est-elle, ô mort, ta victoire ? Où est-il, ô mort, ton aiguillon ?” (1 Corinthiens 15, 55). Saint Jean Chrysostome répète ces mots dans son Homélie de Pâques : “O mort, où est ton aiguillon ? Enfer, où est ta victoire ? Le Christ est ressuscité et vous êtes terrassés. Le Christ est ressuscité et voici que règne la vie”.
C’est pourquoi la grande fête de la Résurrection est généralement mentionnée par deux expressions : fête der la Résurrection et du Passage (Pesah = Pâques) et fête de la Vie. Nous ne devons pas les séparer l’une de l’autre. Pâques est le passage ou le mouvement de la vie sur terre vers la vie à venir, la vie éternelle. Le Canon Pascal se réfère à cela : “De la mort à la vie, de la terre jusqu’au ciel le Christ, notre Dieu, nous conduit ; chantons la victoire du Seigneur” (Ode 1, premier ton).
Malheureusement, l’homme invente aussi des instruments de guerre, de mort et de destruction. L’homme détruit ce que Dieu a construit et il détruit la vie.
 
Le Christ est la Résurrection et la Vie
 
Jésus l’affirme : “Je suis la Résurrection et la Vie” (Jean 11, 25). Il dit aussi : “Je suis le Pain de Vie” (Jean 6, 35). Et encore : “Qui me suit (...) aura la Lumière de la Vie” (Jean 8, 12). Il déclare : “Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie” (Jean 14, 6).
L’Evangéliste Saint Jean parle du Christ, qui est la Vie, en ces termes : “La Vie s’est manifestée ; nous l’avons vue” (1 Jean 1, 2) ; “Qui a le Fils a la vie” (1 Jean 5, 12a) ; “Vous me verrez, parce que je vis et que vous-mêmes vivrez” (Jean 14, 19b). Il nous rapporte que Jésus a dit qu’il se livrerait Lui-même “pour la vie du monde” (Jean 6, 51). Et dans sa première Epître, il écrit : “Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères” (1 Jean 3, 14).
Saint Paul parle de sa relation avec le Christ avec des expressions dans lesquelles il exprime la profondeur de cette relation avec le Christ, avec la vie du Christ et la vie en Christ : “Car la vie, pour moi, c’est le Christ” (Philippiens 1, 21) ; “La promesse de vie qui est dans le Christ Jésus” (2 Timothée 1, 1) ; “Si présentement je vis dans la chair, j’y vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et s’est livré pour moi” (Galates 2, 20b).
 
Nous sommes les fils de la Résurrection et de la Vie ; nous sommes le peuple de la Résurrection
 
L’Incarnation est Vie et Résurrection. La mission de l’homme est de préserver la vie. Nous sommes le peiple de la Résurection, tous et chacun de nous, ce qui veut dire que chacun de nous est le fils de la Résurrection et de la Vie, et le porteur de la vie à d’autres. C’est pourquoi, dans la première période du christianisme, en Orient nous étions appelés “fils de la Résurrection”, c’est-à-dire fils de la Vie et porteurs de la culture et de la civilisation de la Résurection et de la Vie.
Ainsi notre activité pastorale est-elle résurrection et vie. La bonne éducation est un facteur de résurrection et de vie. Les actes de bienfaisance sont résurection et vie. Les institutions de bienfaisance sont résurrection et vie. Les diverses institutions de notre Eglise sont résurrection et vie. L’aide que nous fournissons dans la tragique situation actuelle est vie et résurrection : lorsque l’espérance se meurt dans le cœur de l’homme, nous lui redonnons vie.
Les expressions “soins intensifs” ou “réanimation” suggèrent une restauration de la vie humaine. L’animation liturgique veut dire rendre la liturgie vivante. La réconciliation est une œuvre de résurrection et de vie, c’est-à dire que nous redonnons confiance et amitié en apportant assurance et bienveillance à la vie. La consolation est une œuvre de résurrection, qui réanime et redonne vie à l’espoir dans le cœur. Un sourire apporte la résurrection et la vie. Une salutation chaleureuse et aimante est résurrection et vie. Saluer quelqu’un qui nous est complètement étranger d’une façon amicale et prévenante est résurrection et vie.
L’espérance comprend divers chapitres dans le livre de la résurrection et de la vie. Les événements de la Résurrection que nous proclamons pendant douze semaines dans l’Orthros du dimanche sont tous des chapitres de vie nouvelle. C’est pourquoi notre rite oriental est appelé le rite de la résurrection et de la vie. C’est pourquoi aussi chaque semaine se termine avec la célébration de la Résurrection dans les Anavathmi (chants de la Montée) et commence avec la Résurrection ou Descente, de sorte que toute la semaine est un mouvement de résurrection et de vie. Dans le Credo chrétien, nous terminons avec la mention de notre croyance en “la résurrection des morts et la vie du siècle à venir”. Nous sommes donc nés pour mourir et nous mourons pour vivre. La mort n’est pas une situation continue, mais un moment de passage d’une vie à une autre.
 
Le corps de l’homme est au service de la vie
 
Les membres du corps humain sont des instruments de piété et de vie, et non pas des instruments de mal et de corruption. Comme dit l’Apôtre Saint Paul dans son Epître aux Romains (6, 12-13) : “Que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel, pour vous faire obéir à ses convoitises. Ne livrez pas vos membres comme des instruments d’injustice au service du péché ; mais livrez-vous vous-mêmes à Dieu comme des morts revenus à la vie, et vos membres comme des instruments de justice au service de Dieu”.
Que voyons-nous aujourd’hui ? Des gens qui utilisent leurs membres, leurs mains, leurs pieds, leurs yeux, leurs pensées, leur imagination, leur ingénuité et leur faculté d’invention pour en faire des instruments de tuerie, de destruction, de terrorisme et de mort. Ainsi l’homme détruit ce que Dieu a créé.
J’aurais aimé n’appliquer cela qu’aux actes criminels que nous voyons maintenant dans les moyens de communication sociale et dans nos pays au cours des dernières années, à cause du chaos de la guerre, des mouvements jihadistes et takfiristes, de l’Etat Islamique, mais cela pourrait s’appliquer aussi à l’éducation à la maison, à l’école, dans la rue et sur les lieux de travail.
Cela veut dire que les parents ont une grande responsabilité, celle de l’éducation de leurs enfants au sujet de l’importance de la façon d’utiliser leur corps : pieds, mains, vue, ouïe, odorat, imagination, pensées et tous leurs membres et fonctions, de sorte qu’ils deviennent des instruments d’amitié, de compassion, d’aide, de gratitude, de solidarité, de service, de don et de vie.
Il est beau de voir que nos offices liturgiques font allusion à cette éducation des sens humains et donnent une orientation sur comment utiliser ces fonctions, les purifier et les diriger vers le bon usage, de sorte qu’elles deviennent des instruments de vie et non de mort. Ainsi la Liturgie des Présanctifiés, un office auquel je me suis référé dans ma Lettre de Carême, peut être une leçon extraordinaire d’éducation à la vie sociale et un sujet de bon conseil, que les parents peuvent donner à leurs enfants pour leur enseigner comment utiliser leurs membres et leurs sens corporels pour le bien, l’étude, l’édification et la vie. Nous y trouvons une instruction pour chaque sens : la vue (“Que l’œil s’abstienne de tout regard mauvais”), l’ouïe (“Que l’oreille soit inaccessible aux paroles oiseuses”), la parole (“Que la langue se nettoie de tout discours inconvenant”), la bouche (“Purifie nos lèvres qui Te louent, Seigneur”), les mains (“Fais que nos mains s’abstiennent de toute œuvre perverse et n’accomplissent que celles qui Te plaisent”), tous nos membres et notre esprit (“Affermis tous nos membres et notre entendement par ta grâce”).
Face à tout ce que nous voyons, aux scènes de mort et de violence, de terrorisme, de tuerie, d’égorgement, de décapitation, de corps livrés aux flammes, d’amputations, fortifions notre foi en la vie, au Christ ressuscité qui a vaincu la mort et donné la vie, qui nous appelle à être des enfants de la résurrection et de la vie, à être porteurs de l’Evangile de la vie et à œuvrer pour le succès et la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur l’inimitié, du pardon et de la réconciliation sur la haine et la vengeance.
 
Porteurs de l’Evangile de la Vie et de la Résurrection
 
Aujourd’hui, en voyant la très sérieuse escalade de la situation tragique et des souffrances de notre peuple – de tout le peuple – nous avons besoin de ceux qui puissent nous apporter, à nous tous, la proclamation de la Résurrection du Christ, comme les Myrophores, comme Luc et Cléopas et les autres Apôtres. Les Onze et ceux qui les accompagnaient commencèrent à prier dans la salle haute, à portes fermées, ayant perdu tout espoir en leur grand Maître, qui les avait assurés, au soir de sa Passion, qu’Il allait beaucoup souffrir, mais qu’Il ressusciterait des morts le troisième jour. Or le troisième jour passait et personne ne l’avait vu, mais voici que soudain la clameur se répandait tandis que Luc et Cléopas revenaient d’Emmaüs : “Le Seigneur est vraiment ressuscité et Il est apparu à Simon” (Luc 24, 34). Chacun commence à raconter aux autres les événements de la Résurrection et les apparitions du divin Maître en divers endroits. Puis c’est le Christ Lui-même, ressuscité des morts, qui leur apparaît, entrant dans la salle alors que les portes étaient fermées à cause de leur crainte et de leur désespoir. Et Il leur dit : “Paix à vous !” (Luc 24, 36). Puis : “Pourquoi tout ce trouble et pourquoi des doutes s’élèvent-ils en vos cœurs ? Voyez mes mains et mes pieds ; c’est bien moi. Touchez-moi et voyez...” (Luc 24, 38-39). Ainsi Il est apparu à Jérusalem et à Emmaüs, au Mont des Oliviers et au bord du Lac de Tibériade, à Béthanie et ailleurs.
L’Eglise exprime sa joie dans la nouvelle vie à travers ses hymnes de la Résurrection qui nous remplissent d’allégresse, comme nous pouvons le voir sur les visages des fidèles qui chantent avec le chœur les très belles hymnes de la joyeuse Résurrection, écrites par la plume, l’esprit et le cœur inspirés du grand Saint Jean Damascène, fils de Saryoun Ibn Mansour, ministre du Caliphe Omayyade, moine et ermite dans le désert de Palestine au monastère de Saint Saba, près de Jérusalem.
 
La Résurrection : Bonne nouvelle de vie pour tous les citoyens
 
Chers frères et chères sœurs, nous avons vraiment besoin, aujourd’hui, de ces appels à la joie, alors que nous sommes entrés dans la cinquième année du chemin de croix et du Golgotha de la souffrance de nous tous.
 Nous avons besoin de nous réjouir ensemble, de célébrer ensemble, de chanter ensemble et de nous encourager l’un l’autre, de nous convaincre l’un l’autre amicalement, et d’apporter mutuellement la joie dans le cœur de chacun, de nous visiter l’un l’autre, d’être mutuellement solidaires, de nous aider l’un l’autre, de danser et de chanter, spécialement de chanter les hymnes de la Résurrection à la maison, dans nos rencontres, nos réunions, nos congrégations, nos confréries, dans les diverses activités pastorales, les réunions de jeunes et de scouts et de tous les autres mouvements de jeunes. J’appelle tous nos fidèles à cette joie dans nos paroisses, partout en Syrie, en Irak, en Palestine, au Liban, en Egypte et partout dans le monde.
Que les chrétiens, en ce jour de Pâques et de la glorieuse Résurrection, donnent un exemple de joie, et que la contagion de la joie, de leur joie en la Résurrection du Christ, atteigne leurs voisins et tous les citoyens autour d’eux ! Ainsi nos enfants et tous les citoyens de notre Proche-Orient pourront participer à la joie de la Résurrection dans toutes les communautés chrétiennes, que celles-ci suivent le comput oriental ou occidental, le calendrer grégorien ou le calendrier julien.
Nous, les chrétiens, sommes les porteurs d’un message vraiment splendide de résurrection et de vie, d’espoir et de joie dans le cœur de tous. Puisse la fête de la Résurrection, cette année, la cinquième de guerre et de souffrance, être une fête de joie pour tous les enfants de notre Orient qui souffre !
Nous avons vraiment besoin, aujourd’hui, de joie, de bonheur, d’espoir, d’optimisme, de chant, de célébration des jours de fête, de réunions de famille, de rencontres avec nos amis, nos relations et nos voisins, spécialement ceux qui sont affectés par le deuil, la perte d’amis et de personnes chères, afin de nous rendre capables de tenir tête à la souffrance tragique qui nous entoure. Nous avons passé quarante ̶ ou même cinquante – jours dans le jeûne et la prière, pour que Dieu élimine de nos pays orientaux, spécialement la Syrie et l’Irak, cet esprit du mal que seuls la prière et le jeûne peuvent chasser.
“Le Seigneur est Dieu et Il nous est apparu”. Célébrons la fête et recevons joyeusement le Christ, ressuscité des morts ! Invitons-Le, comme les deux disciples d’Emmaüs, à venir et à rester chez nous, dans nos maisons, nos quartiers, nos cœurs et nos institutions, en Lui disant comme eux : “Reste avec nous, car le soir tombe, et le jour déjà touche à son terme” (Luc 24, 29).
Combien grands seront notre bonheur et notre joie quand nous entendrons le Christ Jésus, ressuscité des morts, présent à notre repas de fête, assis à notre table avec nous, vivant au milieu de nos familles, rompant le pain avec nous, faisant jaillir la joie et le bonheur dans nos cœurs par son amour, de sorte que nos cœurs seront pleins de joie et de consolation. Nous sentons que Jésus a été notre compagnon de route sur le chemin de nos souffrances et de nos tragédies pendant les quatre années passées, mais nous ne savions pas que c’était Lui qui nous accompagnait le long du chemin et nous protégeait contre les tirs et les obus qui tombaient autour de nous.
Comme les deux disciples sur la route d’Emmaüs, Luc et Cléopas, à notre tour nous devenons des porteurs du message de joie et nous proclamons notre expérience aux autres, notre expérience de foi. Ainsi nous ressentons réellement la joie de la Résurrection et que Jésus nous a accompagnés dans cette tragédie et nous a sauvés de divers dangers.
 
Les martyrs sont des fils de la Résurrection et de la Vie
 
Beaucoup de nos fidèles et d’autres citoyens sont tombés au champ d’honneur, victimes d’une guerre sauvage. Nous voudrions mentionner spécialement trois groupes d’événements qui ont réellement heurté nos sentiments, démoli notre moral et ont fait naître la peur dans nos cœurs, induisant beaucoup des nôtres à émigrer à cause de leur crainte et du manque de sécurité. En premier lieu, nos frères et nos sœurs de Mossoul et de la plaine de Ninive ont été expulsés ; ensuite, l’Etat Islamique a assassiné 21 coptes, citoyens égyptiens, en Libye ; troisièmement, il y a eu l’expulsion, l’assassinat et l’enlèvement de beaucoup de nos frères et sœurs de la communauté assyrienne, fils et filles de 33 villages situés le long de la rivière Khabour, dans le nord-est de la Syrie. Nous offrons nos sincères condoléances à toius ceux qui sont dans le deuil. Mais nous aurons toujours confiance en notre Seugneur et Sauveur Jésus-Christ, ressuscité d’entre les morts, qui a détruit la mort.
N’oublions pas que, comme je l’ai déjà mentionné, nous sommes les fils de la Résurrection. N’oublions pas, non plus, que la région qui entoure Damas, où il y a eu tant de combats,est celle où est apparu Jésus, ressuscité des morts, à Saül, le persécuteur, qui venait à Damas avec l’intention de détruire la jeune Eglise qui était née à Damas. Il était là, sur la route de Damas, pour tuer, pour assassiner, pour enlever et pour capturer, quand il vit le Christ Lui-même, ressuscité d’entre les morts, qui lui apparaissait et lui disait : “Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ?” (Actes 9, 4).
Alors Saül continua son chemin jusqu’à Damas, aussi doux qu’un agneau. A Damas, il reçut l’illumination du saint baptême des mains d’Ananie, le premier Evêque de Damas, et alors, là, il devient Paul, l’annonceur de la bonne nouvelle de la Résurrection, puis il part pour le désert du Hauran jusqu’à Mismiyé, où il proclame la bonne nouvelle de Jésus, ressuscité d’entre les morts, et de l’Orient il ira dans le monde entier pour annoncer la bonne nouvelle de la résurrection et de la vie, qui sont en Jésus-Christ.
 
Appel à la résurrection et à la vie
 
De Damas, le jour de la Résurrection, de la glorieuse fête de Pâques, du passage de la mort à la vie, de l’esclavage à la liberté, de l’indignité à la dignité, de la guerre à la paix, nous proclamons, avec tous les moyens dont nous disposons dans nos églises et nos paroisses, ce cri de victoire et de vie : “Le Christ est ressuscité !”
De Syrie, d’Irak, du Liban, de Palestine et de tout ce Proche-Orient qui souffre, spécialement à Jérusalem, la ville de la Réurrection, nous lançons cet appel au monde entier.
A ceux qui envisagent de rejoindre les divers groupes takfiristes et jihadistes ou d’autres groupes meurtriers, terroristes, destructeurs et semeurs de chaos, nous disons : “Rejoignez le milliard et demi de chrétiens qui célèbrent la fête de la Résurrection et de la vie, de l’amour, de la solidarité, du pardon, de la réconciliation, de la joie et de la fraternité universelle”.
Nous adressons cet appel spécialement à tous ceux qui s’engagent sous les bannières de ces organisations, en leur disant de nous rejoindre, nous qui sommes les fils et les filles de la Résurrection et de la vie. Nous leur disons : “Nous voudrions que vous participiez à la joie de cette fête. Nous vous aimons”. Avec les mots du doxastikon de l’Eglise nous disons : “C’est le jour de la Résurrection, en cette fête rayonnons, l’un l’autre embrassons-nous ; du nom de frères appelons même nos ennemis, pardonnons à cause de la Résurrection afin de pouvoir chanter : Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort Il a triomphé de la mort, Il nous délivre du tombeau pour nous donner la vie”.
L’appel à la réconciliation signifie que nous nous embrassions l’un l’autre et soyons réconciliés. Depuis le premier mois de la crise en Syrie, nous n’avons pas cessé de proclamer cet appel. Aujourd’hui, de nouveau, nous formulons cet appel à l’embrassade et à la réconciliation. Nous adressons cet appel à tous les fils et toutes les filles de la Syrie, où qu’ils soient et quelles que soient leurs affiliations ou leurs communautés, y compris les divers groupes d’opposition, quels qu’ils soient et où qu’ils soient : nous sommes tous les enfants de la Syrie.
Nous nous réjouissons des diverses rencontres qui ont été organisées en Russie et ailleurs afin de rapprocher diverses perspectives et trouver une solution pacifique que nous espérons tous pour cette très tragique crise, dont nous sommes tous victimes.
Dans toutes nos églises, nous éléverons nos mains en prière pour la réalisation de ce grand but. Avec les mots du Coran nous disons à tous : “Venez-en à une parole commune entre nous et vous” (Al-Imran 3, 64). Dieu veuille nous accorder la venue du jour de la réconciliation, du salut et de l’embrassade mutuelle ! Alors il y aura certes une grande fête pour toute la Syrie, une fête de résurrection et de vie.
Combien grande sera notre joie pour cette grande fête, joie qui entrera dans les cœurs de la grande majorité des membres de cette société, qui a connu tant de guerres et de disputes, en leur donnant un déguisement religieux sous un kamilavkion ou un turban, brandissant des bannières ou des drapeaux ornés d’un slogan ou d’un autre, mais qui en fin de compte ne sont que des guerres purement humaines.
Nous disons donc à tous en Orient et en Occident : écartez toute idée selon laquelle ce conflit serait au sujet de la religion. Quand je considère ce qui se passe dans nos pays, il me semble que l’Etat Islamique n’a absolument rien à faire avec la religion. C’est plutôt un instrument qui emprunte, très stupidement et insolemment, l’aspect extérieur et l’apparence d’un mouvement religieux. Cependant, en réalité, il montre l’Islam sous une apparence hideuse, décevante et frauduleuse.
Le conflit n’est pas seulement entre Sunnites et Chiites, bien que cet aspect ait été ça et là vu comme significatif en Syrie. Mais ce conflit est devenu un instrument et une couverture pour une guerre par procuration dans notre région, aux dépens de tous ses citoyens.
Ceci est dans la ligne de ce que le Pape François a dit dans son Message pour la Journée Mondiale de la Paix, au Jour de l’An 2015, et dans son Message de Carême, dans lesquels il attire l’attention sur le fait que les êtres humains ne devraient pas être utilisés. Aussi je dis avec une grande certitude et une grande peine que la religion est devenue un instrument, et que les êtres humains ont été instrumentalisés et commercialisés. Le conflit religieux est devenu un objet de marchandage. Tuer l’innocent est devenu une marchandise et un instrument, et l’assassinat des chrétiens est devenu un instrument. La crise syrienne, ou plutôt la guerre mondiale contre la Syrie, est devenue un instrument et une marchandise. Ceux qui tirent profit de cette situation et de la tragédie de notre monde et de nos sociétés arabes sont nombreux parmi nous : disputes locales, régionales et internationales qui font la guerre aux êtres humains et nous instrumentalisent tous. Même le massacre de frères et sœurs des communautés chrétiennes, leur expulsion de leurs villages, de leurs biens et de leurs sanctuaires sont devenus des instruments de fins insondables. Tuer nos enfants, des enfants chrétiens, c’est aussi une marchandise et un instrument d’autres raisons. La guerre contre la Syrie est aussi une marchandise que chacun peut acheter ; chaque citoyen, d’une façon ou d’une autre, même parmi nous, profite de cette crise comme d’une marchandise utile, et nous nous demandons si quelque chose de l’idéologie de l’Etat Islamique n’a pas fait son chemin aujourd’hui dans tout être humain.
Combien nous nous réjouirons à cette grande fête, quand la joie entrera dans les cœurs de tous les combattants en Syrie, quand ils jetteront leurs armes et marcheront tous ensemble dans la lumière de la résurrection et de la vie.
 
Etre apôtres de vie et de résurrection
 
Tu es un apôtre si tu crois en la résurrection et la vie, et quand tu proclames la résurrection et la vie. Soyons des agents de vie, de prospérité et de progrès. Soyons des constructeurs de la culture de la vie et non pas des instruments de mort, de guerre et de destruction. Tel est le sens et la beauté de la vie.
En conclusion, je présente mes vœux les plus cordiaux à ceux qui liront cette lettre, spécialement à mes vénérables et bien-aimés frères dans l’Episcopat, aux prêtres, aux religieux consacrés, aux religieuses et à tous les fidèles, notamment aux laïcs qui sont engagés dans le travail pastoral, dans les activités paroissiales et d’Eglise, qui sont vraiment des serviteurs de la résurrection et de la vie. Ils réalisent ce que Jésus a dit : “Je suis venu, moi, pour qu’on ait la vie, et qu’on l’ait surabondante” (Jean 10, 10).
 
Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !
 
Avec mon amitié et ma bénédiction.
 
 
+ Gregorios III
 Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient,
d’Alexandrie et de Jérusalem