News & Events

News & Events

Catholic World News

 

 

Message de Noël
Ibrahim Mikhaïl Ibrahim
par la grâce de Dieu
Evêque des Grecs Melkites catholiques du Canada
aux prêtres, diacres, fidèles et amis de notre Eparchie, protégée de Dieu

 

 

« Mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur,
devenant semblable aux hommes » (Ph 2, 7).

 

                Avec ce merveilleux verset de la lettre de Saint Paul aux Philippiens, j’introduis pour vous, cette année, mon message de Noël, avec toute mon amitié, ainsi que mes vœux et mes souhaits. En méditant ce verset, nous réalisons en partie le sens du mystère de l’Incarnation divine, où s’est porté volontaire le Fils éternel du Père, la deuxième personne de la Sainte Trinité, le « Verbe » de Dieu, selon l’expression de Jean l’évangéliste : « Le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jn 1, 1-5).

            Ce « Verbe » est Jésus Christ lui-même, dont Saint Paul dit qu’il s’est dépouillé et s’est incarné, en descendant du haut de son ciel, pour naître dans une grotte, très pauvre. Ce dépouillement signifie que l’être divin, avec tout ce qu’il a d’infini, cette personne divine avec son éternité et sa gloire sans limites, avant de devenir petit enfant et de naître d’une femme, selon les lois naturelles et humaines limitées, n’a pas diminué en rien sa divinité, et que celui qui n’est pas limité dans le temps, est né dans le temps, et « Celui qui est » est devenu pour nous « ce qu'il n'était pas ».

            Ce dépouillement de l’être divin signifie aussi qu’il a échangé le ciel, avec sa splendeur et sa capacité infinie, par une grotte sans splendeur et sans lumière. Il s’est dépouillé, quand il s’est nourri du lait de sa mère, lui qui dans le passé a fait pleuvoir la manne à son peuple. Il s’est dépouillé, quand il a reçu les cadeaux des mages, conduits à lui comme prémices des nations, lui qui a fondé la terre sur ses bases, a fait jaillir les sources dans les vallées et nous a rassasiés de ses œuvres et a étendu ses mains sur nous tous pour nous combler de ses bienfaits (cfr Ps 103).

            Il s’est dépouillé, quand il a accepté de devenir le nouvel Adam pour redonner à Adam, déchu par sa désobéissance, l’image de Dieu et sa ressemblance, et annihiler ainsi complètement l’égarement païen. Il s’est dépouillé, quand, par son incarnation, il a permis à une mère vierge de paraître plus vaste que les cieux, puisque d’elle est apparue la lumière qui éclaire ceux qui sont dans les ténèbres. Tous les humains et les anges ont fêté spirituellement et le ciel fut uni à la terre. Il s’est dépouillé, quand il est apparu sur terre, lui le Dieu, pour que l’homme s’élève dans les cieux. Il s’est dépouillé, lui qui est « le resplendissement de la gloire de Dieu et l’image de sa substance » (He 1,3), quand il a accepté, lui qui est sans péché, de porter les péchés du monde « en s’abaissant et en obéissant jusqu’à la mort, la mort de la croix » (Ph 2, 8 ).

            Ce Verbe est devenu homme et a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn 1, 14). Et « le Verbe, immatériel depuis l’éternité, a porté l’épaisseur du corps pour attirer à lui la nature déchue » (3e hymne des matines de la Nativité).

            En tout ce qui précède, le Christ s’était porté « volontaire » pleinement et en toute liberté, en choisissant - sans se séparer de son Père - de devenir homme comme nous, avec la richesse de la sagesse et de sa connaissance de Dieu. Il s’est porté « volontaire », c’est-à-dire qu’il s’est incarné et est né petit enfant, en scellant par sa naissance la virginité, en nous libérant des liens de nos péchés par ses langes, en guérissant par son enfance les douleurs d’Adam et d’Eve, et en détruisant le serpent. Il s’est porté « volontaire » d’une façon divine, sans conditions et sans restrictions, pour nous donner l’exemple du volontariat et du don de soi pour les autres. Il s’est porté « volontaire », non pas par besoin égoïste, ni pour un intérêt momentané, ni en vue d’un pouvoir ou d’une renommée ou d’une richesse, mais il s’est abaissé en prenant ce que nous avons, afin que, en s’unissant et en s’associant à notre nature humaine, il la divinise. Il est le « volontaire (bénévole) » par excellence ! Et il nous invite à l’imiter pour le bien et le salut d’autrui, et pour œuvrer à ce qui convient à sa dignité et à sa réconciliation avec Dieu.

            On se porte volontaire, non parce qu’on a un surplus de temps, mais à cause de l’abondance de notre amour. Et à l’exemple du bon samaritain, l’étranger dans le besoin devient notre prochain. Mon prochain est celui envers qui j’exerce la miséricorde (Lc 10, 29-37). Le Christ est ce samaritain compatissant et miséricordieux, qui ne tient compte d’aucune considération pour nous sauver par son sang et payer les dettes de nos péchés. Comme lui, sans égoïsme et sans paresse, soyons volontaires au service d’un monde atteint par le péché et devenu comme ivre, et conduisons-le de nouveau, guidés par l’étoile, vers le Soleil de justice, provenant de la Vierge Marie. Soyons volontaires dans tous les domaines et dans toutes les directions :
1.                  Au service de l’homme malade, physiquement, spirituellement ou psychologiquement, du pauvre, de l’orphelin, du prisonnier, de celui qui a faim, qui est désespéré, drogué, triste, opprimé, persécuté, abusé, handicapé, blessé et  asservi.
2.                  Au service des cas humains urgents comme assurer la paix entre les pays, la liberté, l’égalité, la fraternité, rendre  justice aux ouvriers, améliorer les conditions du travail et de la subsistance, le maintien des minorités raciales, religieuses, linguistiques et nationales, assurer la liberté  religieuse, l’égalité des droits, la liberté de conscience et les autres libertés. Empêcher l’abus sexuel, spécialement envers les mineurs, l’usure, le gain illégal, le blanchiment d’argent, le commerce des membres humains, la manipulation génétique, le commerce des armes et leur développement, particulièrement les nucléaires, la piraterie, le vol de l’argent public, l’appauvrissement et l’exploitation des pays et des peuples.   
3.                  Au service  de l'environnement et des diverses créatures sur qui Dieu nous a donné pouvoir pour les respecter et en prendre soin afin qu’elles se maintiennent après nous au service des générations futures, pour sauvegarder les richesses naturelles et en faire un usage équilibré et les distribuer à tous équitablement, et limiter la pollution et éviter les dangers climatiques.
4.                  Au service des institutions et des organisations à but non lucratif, qui ne sont pas à la recherche du gain, comme les églises, certaines écoles, les orphelinats, les hôpitaux, les services d'incendies, les centres d'urgence, les centres de réhabilitation, « les médecins sans frontières », les centres du développement social, Caritas, la Croix Rouge, les medias catholiques ou autres.

            Tous ces champs d’action, ouverts aux gens de bonne volonté qui cherchent à fructifier une partie de leur temps dans le volontariat et le service, font perdre toute excuse de n’avoir pas trouvé un engagement qui correspond aux capacités et aux talents qu’on peut y employer.

            Par son Incarnation et à Noël, le Christ s’est porté volontaire, en mettant à exécution le désir du Père et du Saint Esprit de sauver l’humanité. Avec Jésus incarné, ce désir  n’est pas resté un simple rêve divin, mais est devenu une vérité divine qui fait partie de l’histoire de l’humanité et ainsi le rêve de Dieu s’est réalisé. De la sorte se réalisent les rêves de plusieurs personnes, grâce à notre engagement libre dans un des domaines susmentionnés, ou dans d’autres.

            Quant à ceux qui se portent volontaires pour servir notre éparchie et nos églises, dont nous avons mentionné plusieurs d’entre eux dans le livre annuel que nous avons publié à l’occasion du « Bal des Bâtisseurs », après avoir ramassé leurs noms, autant que possible, tout au long des cents dernières années, c’est avec considération et vénération que je salue cette multitude de bénévoles, qui ont incarné leur foi en Dieu et en l’Eglise par des engagements qui dépassent notre appréciation et qui sont dignes de tout remerciement. Dieu seul est capable de les récompenser. Et parce qu’ils ont aimé le Christ avec passion, en paroles et en action, « il leur a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom, qui sont engendrés, ni de sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un pouvoir d’homme, mais de Dieu » (Jn 1, 12-13).

            Veux-tu devenir enfant de Dieu ? Incarne ta foi dans tes actions, sans conditions ni excuses. Ne t’emporte pas, si tu n’as pas ce que tu désires. Ne te venge pas. Ne salis pas la renommée des autres. Ne rends pas noir ce qui est blanc et ne sois pas pessimiste comme si Dieu n’existait pas. Ne boude pas ton église et ne la punis pas. Ne jalouse pas. N’étale pas ton linge sale devant le monde. Le Seigneur Jésus dit justement : « Ote d’abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l’œil de ton frère » (Mt7, 5). « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés; remettez, et il vous sera remis » (Lc 6, 37). « Ne médisez pas les uns des autres, frères. Celui qui médit d’un frère ou qui juge son frère, médit de la Loi et juge la Loi. Or si tu juges la Loi, tu n’es pas l’observateur de la Loi, mais son juge » (Jc 4, 11).
           
            Que la haine ne soit pas ton guide de vie, mais la vérité, l’amour et le bien. Ne sois pas volontaire pour diviser mais pour rassembler et unir. Que ton volontariat ne soit jamais pour juger ni condamner, mais pour le bien et le salut des âmes. « Offre-toi toi-même à Dieu, il purifiera ta conscience des œuvres mortes pour rendre un culte au Dieu vivant » (He 9, 14). Que ton engagement soit à l’exemple du Christ Jésus, notre « Bénévole » par excellence, « de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce. Car la Loi fut donnée par Moïse; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ » (Jn 1, 16-17). 
                                                    
            Par contre, si tu te portes volontaire à l’exemple de Jésus, que t’arrive-t-il ? Pour répondre je m’inspire du 2e chapitre de la lettre de Saint Paul aux Philippiens, où nous trouvons la récompense de Dieu le Père à son Fils, Jésus Christ, pour s’être anéanti et lui avoir obéi parfaitement, et ce « en l’élevant souverainement et en lui conférant le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père ».

            Crois-tu que Dieu sera moins généreux que toi ou avec toi ? Si tu considères non pas ce qui est à toi mais plutôt ce qui est à autrui, tu auras en toi les dispositions qui étaient dans le Christ Jésus. Si tu ne fais rien avec contestation ou par orgueil, mais si, par humilité, tu considères autrui comme supérieur à toi, ainsi tu réjouis Dieu par votre accord entre vous, et tu auras avec autrui un seul cœur, une seule âme, et une seule pensée. Si tu agis en bien en l’absence du monde comme en leur présence, tu montres une union avec Dieu, qui fait en toi le même vouloir et agir, pour le satisfaire.

            Si tu es volontaire et si tu fais tout sans récrimination et sans discussion, tu seras irréprochable, pur, du nombre des enfants intègres de Dieu, dans un monde qui a besoin de la clarté de ta lumière. En donnant de ton temps, de toi-même et de tes talents, tu peux être fier, au jour du Christ, que tu n’as pas couru pour rien, ni ne t’es fatigué en vain, alors ta joie et ton bonheur seront magnifiques. Si tu t’associes au Christ par le don de toi-même, tu seras sans doute associé à sa joie, à sa résurrection et à sa gloire.

            Pour conclure, j’aimerais exprimer à chacun d'entre vous mon affection et renouveler aussi mon alliance en demeurant votre serviteur, pour le bien de l’Eglise et la gloire de Dieu. Je renouvelle aussi ma conviction que chacun de vous représente pour moi toute l’éparchie. Les portes de nos églises sont ouvertes à tous. Chez nous, pas de place à la haine ni à la vengeance, comme nous ne détestons ni excluons personne. Tout le monde à une place dans mon cœur et dans mes prières. Et en vérité, je pardonne et je demande pardon auprès de l’Enfant de la grotte, qui est le Seigneur de tout pardon.

            Que la naissance du Christ vous comble de joie, et procure à votre vie la réussite, le don de soi, la foi, la santé et la pureté du cœur. Et que la nouvelle Année 2012 soit une année bénie, pour le monde entier, et un temps de sécurité à vos cœurs et à vos pensées. Et que se stabilisent tous nos pays du Proche-Orient, et qu’y règnent la paix, l’entente, la fraternité et la charité. Et que le Canada demeure pour nous une patrie sécuritaire et florissante. Par dessus tout, qu’on revienne à Dieu si nous nous sommes égarés, et que, par l’intercession de la Vierge Marie, Mère de Dieu et notre Mère, se dissipe pour toujours toute force qui peut nous éloigner du Christ et les uns des autres.
            
Joyeux Noël et bonne, heureuse et sainte Année 2012!