News & Events

News & Events

Patriarchal Letters

 

http://www.youtube.com/watch?v=lExRdWGF7Gw

 

Photos

 

Discours de Sa Béatitude le Patriarche Gregorios III
adressé à Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
en la cathédrale grecque-melkite catholique
Saint-Georges à Amman (9 mai 2009)
au cours de l'office des Vêpres
à l'occasion de la rencontre du Saint Père
avec les personnes consacrées
et les laïcs engagés au service de l'Eglise en Jordanie

 

     

  Très Saint Père,
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Vous êtes béni, Très Saint Père, et le nom que vous avez choisi est béni: Benedictus, Benoît.
C'est avec  grande joie que nous recevons Votre Sainteté dans cette cathédrale Saint-Georges des Grecs-Melkites Catholiques  à Amman. Vous êtes le Père, l'Ami, le Frère aîné, et vous pouvez dire à bon droit, avec le Psalmiste: "Voilà que je suis avec les enfants que le Seigneur m'a donnés".

       Très Saint Père,
C'est la grande famille jordanienne consacrée qui vous reçoit aujourd'hui dans cette cathédrale, à commencer par mes frères Leurs Béatitudes les Patriarches catholiques d'Orient et mes frères Leurs Excellences les Evêques des différentes Eglises en Jordanie et dans d'autres pays arabes. Nous vous recevons spécialement au nom de l'Eglise Grecque-Melkite Catholique. Nous avons eu la joie, il y a juste un an, le 8 mai 2008, avec un grand nombre de Hiérarques de notre Saint-Synode et de fidèles laïcs, de rencontrer Votre Sainteté à Rome. Nous sommes heureux, aujourd'hui, de vous recevoir pour bénir cette cathédrale.

       Très Saint Père,
Vous avez devant vous les consacrés, hommes et femmes, que je peux vraiment qualifier comme les successeurs des nombreux collaborateurs qui accompagnèrent l'Apôtre Saint Paul (de qui nous célébrons l'année jubilaire), participant avec lui à la diffusion de l'Evangile. Les consacrés ici présents sont eux-mêmes, à leur tour, porteurs de l'annonce de la Bonne Nouvelle en ce troisième millénaire. Ils sont, comme l'a déclaré le Synode interéparchial tenu par l'Assemblée des Ordinaires Catholiques de Terre Sainte en l'an 2000, "croyants dans le Christ, participants dans l'Eglise et témoins dans la société".

       Très Saint Père,
A vous, qui êtes le Père des Pères, le Pasteur des Pasteurs et le Chef des Chefs, comme nous disons dans la Liturgie, nous exposons avec confiance et espérance les problèmes principaux qui se rapportent à notre présence chrétienne dans le Royaume de Jordanie spécialement, et dans le monde arabe en général.

  

     1. - Nous sommes une partie intégrante de ce monde arabe à majorité musulmane, où sont nés le Christ, en Palestine, et le christianisme, dans plusieurs pays arabes, il y a deux mille ans.

     2. - Nous sommes l'Eglise des martyrs et des témoins, du témoignage, l'Eglise de la Croix et de la Résurrection, de la souffrance et de l'espérance, l'Eglise de l'histoire, d'aujourd'hui et de demain. Nous n'émigrerons pas! Nous restons ici, pour affirmer, comme Pierre, de qui vous êtes le successeur: "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant".

     3. - Nous sommes une Eglise du dialogue quotidien et vital, l'Eglise de la rencontre, de la solidarité parfaite avec nos peuples arabes, avec nos différentes communautés chrétiennes dans leur diversité et leur richesse, et aussi avec toutes les communautés musulmanes. Nous sommes et nous resterons l'Eglise de l'homme, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Comme dit Saint Paul, dans le Christ "il n'y a ni Juif ni Grec, il n'y a ni esclave ni homme libre: vous n'êtes tous qu'un dans le Christ Jésus" (Galates 3, 28).

     4. – Nos Eglises dans le monde arabe forment ensemble l'Eglise de la convivialité, importante et difficile, et nous avons devant nous le devoir impératif de travailler, non seulement pour vivre avec les autres, nos concitoyens, mais surtout de travailler avec eux, ensemble, en vue d'un avenir meilleur pour les jeunes générations, sachant que les jeunes forment soixante pour cent de la société arabe.

      5. – Nos Eglises, dans leur pluralisme, préservent la foi une et sainte. Dans notre diversité, nous sommes la preuve de ce que disait le Bienheureux Pape Jean XXIII: "Ce qui nous unit est bien plus que ce qui nous sépare".

      6. – Ces valeurs de foi et de dialogue sont menacées du fait du conflit israélo-arabe, qui a causé et continue de causer les guerres, les crises, les calamités, les courants de fondamentalisme, la croissance de la violence et de la réponse à la violence par la violence, dont les victimes se comptent par milliers parmi nos fils et nos filles de ce Proche-Orient, dans toutes les communautés chrétiennes, musulmanes et juives.

       7. – De plus, ce conflit est à la base de l'émigration, surtout de l'émigration chrétienne. Si l'émigration venait à continuer, cela voudrait dire que la société arabe à majorité musulmane du Proche-Orient serait privée, pour son avenir, de ses  caractéristiques ambientales et historiques et de cette présence chrétienne qui est un élément fondamental de symbiose des civilisations et des cultures chrétiennes et islamiques depuis plus de mille quatre cents ans.

       8. – De tout cela, Très Saint Père, vous pouvez conclure à l'importance de réaliser la paix juste, durable et globale dans notre région, surtout en Palestine, mais aussi en Syrie, au Liban et en Irak. La responsabilité de la paix revient certes aux pays arabes et à leurs dirigeants, maix aussi à d'autres Etats, surtout ceux d'Europe et d'Amérique.

       9. – Nous voudrions remercier ici Votre Sainteté et ses prédécesseurs d'heureuse mémoire pour leurs positions claires, fermes et justes au sujet de la question palestinienne, du droit des Palestiniens à avoir une Patrie et de leurs droits sur Jérusalem, qui est la ville sainte de notre foi à nous tous, chrétiens, musulmans et juifs.

       10. – Votre visite, Très Saint Père, est, pour la Jordanie, pour la Terre Sainte et pour tout notre Proche-Orient, un facteur d'espérance et nous ouvre de nouveaux horizons lumineux, pour nous tous qui aspirons à la paix, à la sécurité, au pain quotidien, à une vie digne et à un avenir rayonnant pour les jeunes générations.

       11. – Enfin, nous exprimons devant Votre Sainteté un désir: que les Patriarches qui vous entourent aujourd'hui puissent se réunir de temps à autre avec le Pape pour l'informer au sujet de nos situations, de notre rôle, de nos espoirs et de nos épreuves, car nous savons que vous avez une grande affection pour ce Proche-Orient qui est le berceau du christianisme et un lieu de rencontre des civilisations.

       Très Saint Père,
       Avec l'Eglise, nous prions pour vous en ayant en mémoire ce texte de l'antienne de l'Hypakoi de la fête des Saints Pierre et Paul, le 29 juin: "Avec Pierre, cette pierre de la foi, hâte-toi, Saint Paul, viens de Rome nous affermir, toi la gloire de tout l'univers".

       Très Saint Père.
       Nous vous confions ce pays, la chère Jordanie, que guide Sa Majesté le Roi Abdallah II; nous vous confions les citoyens de ce beau pays. Nous vous confions aussi la Terre Sainte, ainsi que le Liban, la Syrie et l'Irak, afin que nous soyons toujours présents dans votre prière et que nous ayons le bienfait de votre bénédiction. Toutes les personnes consacrées au service du Seigneur, ici présentes, vous disent: Nous vous aimons!

       Merci, Très Saint Père, pour votre visite en Jordanie!

 

                                             + Gregorios III, Patriarche