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Souhaits de Sa Béatitude le Patriarche Gregorios IIIpour l'heureuse fête du Fitr 2011
Voilà que revient la fête du Fitr, qui clôture le mois de jeûne du Ramadan, tandis que le monde arabe et musulman est noyé dans une série de révolutions sanglantes. Nous disons avec le poète: "Dans quelles conditions tu reviens, ô Fête?"
Nous avons jeûné en même temps que nos frères musulmans, cette année, pendant ce mois de Ramadan, car c'était pour nous le jeûne de la Vierge Marie, de "Notre Dame Marie", comme l'appellent nos frères musulmans. Au début du Ramadan, de ce mois d'août, nous avons lancé un appel à nos fils et à nos filles, les invitant au jeûne et à la prière avec nos frères musulmans pour que cessent ces révolutions sanglantes qui détruisent l'homme, les cœurs, les sentiments, la fraternité et la compassion, ainsi que les institutions gouvernementales et privées, causant des milliers de victimes, entre morts et blessés, dans notre monde arabe, ensanglanté, triste et plein de douleur. Nous voulons formuler nos souhaits de bonne fête, pour le Fitr béni de cette année, comme un bouquet de considérations et de pensées inspirées par la situation douloureuse de nos pays arabes. Car, en tant que chrétiens arabes, enracinés dans ce monde arabe, nous sentons notre entière responsabilité face à ce monde arabe qui est notre monde. En effet, nous avons été, à travers notre longue histoire commune (1432 ans), solidaires de ce monde arabe et musulman; nous avons coopéré à sa fondation, à sa culture, à sa civilisation, à sa littérature, à sa poésie, à son arabité, et aussi à ses guerres…
Nous nous attendions à ce que, dans ces circonstances tragiques, le monde arabe bouge, à ce que les pays arabes et les pays musulmans convoquent plus d'un sommet, pour se pencher sur les douleurs et les aspirations de leurs peuples, et qu'il y ait une interaction avec les révolutions des générations montantes. Ensemble, ils auraient dû analyser les causes et les paramètres de ces révolutions, leurs dimensions, leurs buts, les risques et les chances qu'elles peuvent représenter pour nous tous, au lieu de laisser les forces étrangères, quelles que soient leurs intentions, s'immiscer dans nos affaires, nous dicter leurs idées, menacer nos gouvernements, appeler les présidents de nos pays à démissionner et à déserter leurs pays, et infliger à ceux qui ont été les symboles de nos pays arabes la destitution et des procès humiliants.
Nous nous attendions à ce que les souverains et les présidents des pays arabes s'organisent et serrent les rangs, laissent de côté leurs intérêts individuels, dépassent leurs divisions et leurs pactes, partiels et secondaires, et forment ensemble un seul front, en face de ce "tsunami" de révolutions qui ont envahi, à différents degrés, près de la moitié de l'ensemble de nos pays arabes.
Nous ne pouvons pas et nous n'avons pas le droit d'ignorer ces voix, ces slogans, ces revendications, quels qu'en soient les motifs et les raisons secrètes. Nous sommes convaincus de ce que notre monde arabe a besoin d'une révolution intellectuelle, spirituelle et sociale. Mais ce n'est pas selon la modalité que nous voyons sur les écrans de télévision par le biais des moyens de communication, depuis le début de cette année 2011. Nous fondant sur notre foi et sur notre responsabilité en tant que Patriarche, possédant à la fois la nationalité syrienne et des passeports libanais, palestinien et égyptien, et chef spirituel d'une communauté qui s'est distinguée par sa position de loyauté, de fermeté et de persévérance vis-à-vis de la cause du monde arabe et surtout de la cause palestinienne, avec sincérité Nous écrivons ce message.
De même, Nous nous permettons de faire un bilan des questions et des problèmes qui ont émergé au cours de ces "révolutions". Nous avons exprimé cela dans plusieurs articles et interviews télévisées, et dans des lettres envoyées aux souverains et présidents du monde arabe, à plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement d'Europe, des Amériques et d'Australie, ainsi qu'à des Cardinaux, Evêques et Présidents de diverses Conférences Episcopales dans le monde catholique, à l'occasion de l'Assemblée Spéciale pour le Moyen-Orient du Synode des Evêques, en octobre 2010. C'est à partir de notre foi en Dieu et dans la Patrie, de nos valeurs et de nos convictions spirituelles et nationales que Nous invitons nos frères et sœurs à travailler ensemble dans ces circonstances difficiles pour préserver notre unité nationale arabe et notre unité islamo-chrétienne, à surmonter cette épreuve et ces blessures, à œuvrer pour une société arabe civilisée dans laquelle disparaissent les différences sociales, confessionnelles et ethniques, et se réalisent tous nos espoirs de justice, d'égalité, de dignité et de liberté religieuse et individuelle, dans laquelle la corruption soit combattue, les campagnes soient développées, une société qui aide les pauvres et les victimes d'injustices, spécialement dans les campagnes et les zones défavorisées par la nature ou privés de modernisation. Il s'agit de travailler ensemble pour la réalisation de ce que requiert la réforme politique, sociale et familiale dans le monde arabe, proclamant notre solidarité avec lui, car nous l'aimons et voulons être les constructeurs d'une société meilleure dans laquelle prévale la civilisation de la paix, de la fraternité et de l'amour, entre les différentes et nombreuses confessions qui vivent côte à côte depuis des siècles. De la sorte, nous continuons la marche de notre convivialité, avec de nombreuses communautés et confessions qui vivent ensemble depuis des siècles et des siècles, entre chrétiens des différentes communautés et musulmans également des différentes communautés, comme c'est le cas dans tous les pays arabes. Ainsi nous donnerons au monde, après ces révolutions, un modèle unique – arabe, musulman et chrétien, oriental – qui aidera au dialogue entre le Proche-Orient et l'Occident, et entre l'Islam et le christianisme dans le monde entier. Il serait souhaitable que l'action des Etats pour l'application de ces droits soit comme une synthèse pour leur interaction avec les situations de leurs peuples croyants. Et cela devrait être le contenu d'une moderne Charte des droits de l'homme arabe.
Ainsi sera mis en pratique l'appel du Coran dans ce bel exemple: "Venons à une parole commune". Et ainsi nous réaliserons l'appel et la prière de Jésus dans l'Evangile: "Père, qu'ils soient un, pour que le monde croie!". Ce sont là nos souhaits fervents pour la fête du Fitr. Je les offre comme des vœux spirituels à mes frères et sœurs musulmans, ainsi qu'à nos concitoyens de toutes les communautés , de sorte que nos fêtes soient vraiment des fêtes pour tous. Nous demandons, dans la prière, les supplications et les invocations, que disparaissent les nuages de ces mois sombres et resplandisse le soleil de Dieu sur nous tous, musulmans et chrétiens, le soleil de la foi, de l'espérance et de la charité.
+ Gregorios III
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