News & Events

Journey of Faith

 

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S.B. Gregorios III & S.S. Pape Benedictos XVI

 

 

Cadeaux offerts à

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

par

Sa Béatitude le Patriarche Gregorios III

à l'occasion de sa visite au Saint Père

le 8 mai 2008

 

1. Icône représentant les Saints Benoît de Nursie et Grégoire de Nazianze en attitude d'intercession, entourant la Toute Sainte Theotokos trônant avec son Divin Fils; œuvre de l'iconographe damascène Abboud Georges Haskour (2005).

2. Etoffe de brocard damascène pour la confection d'ornements liturgiques.

3. Boîte en mosaïque (marqueterie) damascène, selon la tradition artisanale introduite par Georges Bitar, surnommé le "Père des Pauvres", qui se servit de cette technique pour donner du travail aux familles pauvres (mort en odeur de sainteté à Damas en 1935).

4. Etole sacerdotale, réalisée par les Religieuses de Notre-Dame du Bon Service en leur Couvent Saint-Joseph de Damas.

5. Souvenir en nacre de la Terre Sainte.

6. Bâton pastoral oriental, offert par l'Atelier Arabesk, Church's Needs and Churches, de notre fidèle Georges Kakach.

 

 

 

Adresse de Sa Béatitude le Patriarche Gregorios III
à
Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

(Palais Apostolique du Vatican, 8 mai 2008)

 

Très Saint Père, Que le Seigneur soit béni pour ce jour qui nous permet, après une longue attente, de rencontrer Votre Sainteté, en compagnie de plusieurs Hiérarques, membres du Saint-Synode de notre Eglise patriarcale grecque-melkite catholique, ainsi que de Supérieurs généraux et Supérieures générales de nos Ordres religieux, de prêtres de notre clergé séculier et régulier, et d'un bon nombre de nos fidèles, dont des ministres, des députés, des hommes d'affaires, mais aussi des pères et mères de famille, tous heureux de participer à ce pèlerinage dont le souvenir restera vif dans leurs mémoires et dans les annales de notre Patriarcat.
Notre Eglise patriarcale est présente dans presque tous les pays arabes du Proche-Orient. D'autre part, nos fidèles sont répandus dans le monde entier: en Europe et surtout au Canada, aux Etats-Unis, dans plusieurs pays d'Amérique Latine et en Australie.
Cette grande diaspora, toujours en augmentation, est le résultat de l'émigration, qui décime notre présence dans nos pays d'origine et ne cesse de s'aggraver, pour différentes raisons, dont la principale est le conflit israélo-palestinien.
Cette présence chrétienne s'avère de plus en plus nécessaire, tant ad intra que ad extra.
Sur le plan intérieur, notre grand souci pastoral est d'immuniser notre Eglise patriarcale contre les dangers qui la menacent, en nous fondant sur l'amour, comme l'indique ma devise patriarcale: "Veillez et marchez dans l'amour!" Et cet amour fut le thème de votre première Lettre Encyclique, Deus caritas est.
Cela veut dire aussi une Eglise forte dans la foi, ce dépôt précieux que nous devons pouvoir transmettre aux jeunes générations. Nous avons lancé un adage qui est devenu très populaire dans notre communauté: "Une Eglise sans jeunes est une Eglise sans avenir. Des jeunes sans Eglise sont des jeunes sans avenir".
Nous rendons grâces à Notre Sauveur Jésus Christ de ce que notre Eglise est vivante, fervente. Nos éparchies et nos congrégations religieuses masculines et féminines sont des chantiers de projets et d'initiatives sur les plans pastoral, éducatif, social, de santé, de service aux pauvres, …
Ad extra, notre mission est polyvalente: être le levain dans la pâte, porter Jésus, son Evangile, son message et ses valeurs à nos concitoyens, surtout ceux qui ne partagent pas notre sainte foi, qu'ils soient israélites ou musulmans.
Nous, chrétiens orientaux arabes, vivant dans un monde à majorité musulmane, nous avons, à l'égard de ce monde, une mission unique, irréversible, irremplaçable, impérative, presque exclusive. Car nous vivons ensemble depuis 1.428 ans. Ce rôle est assuré à travers notre présence et notre témoignage dans le monde arabe, rôle important surtout au Liban et en Syrie.
L'autre aspect de la mission de l'Eglise Grecque-Melkite Catholique ad extra est son rôle dans la marche œcuménique vers l'unité des chrétiens.
Notre Eglise a toujours été consciente de ce rôle. Elle a notamment dû vivre dans les catacombes pendant environ cent trente ans, pour préserver notre communion avec l'Eglise de Rome. Cette communion fut - et est toujours pour nous - un choix historique, existentiel, d'engagement, effectif et affectif, élément à la fois de gloire et d'humilité, définitif et sans retour.
Cependant, cette communion avec Rome ne nous sépare pas de notre réalité ecclésiale orthodoxe.
Cela veut dire que nous voudrions vivre, au sein de l'Eglise Catholique, une vie qui pourrait être acceptée par l'Orthodoxie, vivre notre pleine et entière tradition orientale, orthodoxe, en pleine communion avec Rome. C'est le vrai et grand défi du dialogue catholique-orthodoxe.
Nous sommes profondément reconnaissants envers l'Eglise de Rome pour le soutien continu donné à notre Eglise afin qu'elle puisse accomplir cette mission ad intra et ad extra.
Les instruments immédiats en ont été – et sont toujours – la Congrégation pour les Eglises Orientales et les principales organisations catholiques d'aide, surtout en Europe et aux Etats-Unis.Très Saint Père,
Nous voudrions vous remercier pour l'accueil que vous nous réservez. Nous déclarons avec enthousiasme que nous resterons fidèles à la foi de nos ancêtres, sentinelles vigilantes, témoins courageux et porteurs du message de l'Evangile de Notre Seigneur Jésus Christ dans notre monde arabe, berceau du christianisme. 
Nous nous confions à vos prières et demandons votre bénédiction de Père et de Pasteur, mais aussi d'ami et de frère aîné, avec vos orientations et vos conseils pour l'avenir de notre Eglise. C'est la consigne donnée par Notre Seigneur et Sauveur à Pierre: "Et toi, confirme tes frères".

+ Gregorios III, Patriarche

 

 

Texte intégral du discours du Saint-Père Benoît XVI

 

Chers Frères dans l’Episcopat,

Chers Fils et Filles de l’Eglise grecque-melkite catholique,

Je suis heureux de vous accueillir alors que vous accomplissez un pèlerinage au tombeau des Apôtres. Je salue particulièrement Sa Béatitude Gregorios III, que je remercie de ses aimables paroles qui manifestent la vitalité de l’Eglise melkite malgré les difficultés de la situation sociale et politique que connaît votre région. J’adresse aussi mon fraternel salut aux Evêques présents, et à vous tous chers amis, venant de divers pays du Moyen Orient et de la diaspora melkite à travers le monde, où vous manifestez ainsi, à votre manière, l’universalité de l’Eglise catholique.

Alors que s’approche l’ouverture de l’année que j’ai voulue consacrer à saint Paul, je ne peux oublier que le siège de votre Patriarcat est établi dans la ville de Damas, sur le chemin de laquelle l’Apôtre a vécu l’événement qui a transformé son existence et qui a ouvert les portes du christianisme à toutes les Nations. Je vous encourage donc pour que, à cette occasion, un travail pastoral intense suscite dans vos diocèses, en chacune de vos paroisses et chez tous les fidèles un élan nouveau pour une connaissance toujours plus intime de la personne du Christ, grâce à une lecture renouvelée de l’œuvre paulinienne. Cela permettra un témoignage fécond parmi les hommes d’aujourd’hui. C’est un tel élan qui pourra aussi garantir un avenir florissant pour l’Eglise melkite.

Dans cette perspective, pour assurer le dynamisme évangélique des communautés et leur unité ainsi qu’un bon fonctionnement des affaires ecclésiales dans les Eglises patriarcales, le rôle du Synode des Evêques a une importance fondamentale. Il convient donc, chaque fois que le droit le demande, surtout lorsqu’il s’agit de questions qui regardent les Evêques eux-mêmes, de donner à cette vénérable institution, et non seulement au Synode permanent, la place qui lui revient. Je connais l’activité œcuménique de l’Eglise melkite catholique et les relations fraternelles que vous avez établies avec vos Frères orthodoxes, je m’en réjouis. En effet, poursuit Benoît XVI, l’engagement pour la recherche de l’unité de tous les disciples du Christ est une obligation urgente, qui découle du désir ardent du Seigneur lui-même. Nous devons donc faire tout notre possible pour abattre les murs de division et de défiance qui nous empêchent de le réaliser. Cependant, nous ne pouvons pas perdre de vue que la recherche de l’unité est une tâche qui concerne non seulement une Eglise particulière, mais l’Eglise tout entière, dans le respect de sa nature elle-même. Par ailleurs, comme le souligne l’encyclique Ut Unum sint, l’unité n’est pas le fruit de l’activité humaine, elle est d’abord un don de l’Esprit Saint. Prions donc l’Esprit, dont nous célébrerons dans quelques jours la descente sur les Apôtres, afin qu’il nous aide à travailler tous ensemble à la recherche de l’unité.

Béatitude, chers Frères et Sœurs, j’apprécie aussi les bonnes relations que vous entretenez avec les musulmans, avec leurs responsables et avec leurs institutions, ainsi que les efforts réalisés pour résoudre les problèmes qui peuvent se poser, dans un esprit de dialogue fraternel, sincère et objectif. Je me réjouis donc de constater que, dans la ligne du Concile Vatican II, l’Eglise melkite s’est engagée avec les musulmans à rechercher sincèrement la compréhension mutuelle ainsi qu’à promouvoir et à défendre ensemble, pour le bénéfice de tous, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté.

Enfin, accomplissant sa mission dans le contexte agité et parfois dramatique du Moyen Orient, l’Eglise se trouve confrontée à des situations où la politique joue un rôle qui n’est pas indifférent à sa vie. Il est donc important qu’elle maintienne des contacts avec les Autorités politiques, les institutions et les divers partis. Toutefois, il ne revient pas au clergé de s’engager dans la vie politique. Cela reste le fait des laïcs. Mais l’Eglise se doit de proposer à tous la lumière de l’Evangile, afin que tous s’engagent à servir le bien commun et que la justice prévale toujours, pour que le chemin de la paix puisse enfin s’ouvrir devant les peuples de cette région bien-aimée.

Béatitude, en concluant notre rencontre, je confie l’Eglise grecque-melkite catholique à l’intercession de la Vierge Marie et à la protection de tous les saints d’Orient. Demandant à Dieu de donner à votre Eglise patriarcale la force et la lumière afin qu’elle poursuive sa mission dans la paix et dans la sérénité, conclut Benoît XVI, je vous accorde, ainsi qu’aux Evêques et à tous les fidèles de votre Patriarcat, une affectueuse Bénédiction apostolique.

Sources : www.vatican.va - E.S.M.
© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vatican

 

A Raboueh avant le depart  pour Rome Le depart pour Rome Diner avec Walter Kasper, President du conseil pour pontifical pour l'Unité des Chrétiens en presence du Catholicos Karekin II,  patriarche suprême des Arméniens
Visite pour Le Cardinal Andrea Cordero Lanza di Montezemolo Archipêtre de la Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs Visite pour L'abbé de StVisite pour Le Cardinal Andrea Cordero Lanza di Montezemolo Archipêtre de la Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs Holy Liturgie à St Paul-Hors-les-Murs Holy Liturgie à St Paul-Hors-les-Murs
Holy Liturgie à St Paul-Hors-les-Murs Holy Liturgie à St Paul-Hors-les-Murs Groupe Italien de la « Croix de Jérusalem » à St Paul Viste pour le cardinal de Colombos, Foley
Visite pour le cardinal Sandri à la congrégation orientale Visite pour le cardinal Bertone, secrétaire d'état Visite pour le cardinal Bertone, secrétaire d'état A la Basilique Santa Maria Maggiore
A la Basilique Santa Maria Maggiore A l'institut Pontifical Oriental A l'institut Pontifical Oriental A la « crypte de St Pierre »
Visite pour Cardinal Walter Kasper, président du conseil pour l'unité des chrétiens Au Collège Grec Durant la messe à Santa Maria in Cosmidin
Durant la messe à Santa Maria in Cosmidin
Durant la messe à Santa Maria in Cosmidin The Pontifical Council for Interreligious Dialogue Cardinal Louis Tauron Le retour du Rome au Liban  

 

 

 

 

 

Homélie de
Sa Béatitude le Patriarche Gregorios III
Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs
(8 mai 2008)


Eminences,
Chers Frères dans l'Episcopat et le Sacerdoce,
Chers Frères et Sœurs,

C'est une grande joie pour nous tous d'être à Rome, dans cette Basilique Papale de Saint-Paul-hors-les-Murs. Notre joie est grande d'être les pèlerins de l'Orient, et surtout du lieu de la conversion de Saint Paul, de Damas, la capitale syrienne, où celui qui allait être l'Apôtre des Gentils fut baptisé par Saint Ananie, premier Evêque de cette ville et l'un des premiers Evêques de la chrétienté.

Nous sommes heureux de concélébrer la Divine Liturgie dans cette Basilique, inaugurée une première fois en 403 par l'Empereur Honorius. Nous sommes venus en pèlerins pour vénérer, dans cette Ville Sainte de Rome, les tombeaux des Coryphées des Apôtres, Pierre et Paul, qui sont des concitoyens de notre Orient bien-aimé.

Aujourd'hui, notre concélébration a lieu près du tombeau de Saint Paul. Après-demain, samedi 10 mai, nous concélébrerons la Divine Liturgie sur le tombeau de Saint Pierre, sur la foi de qui le Christ a fondé son Eglise.

Saint Pierre fut le premier Evêque de notre siège patriarcal d'Antioche, et Nous sommes, par la grâce de Dieu, son successeur sur le Trône d'Antioche. Il est devenu ensuite le premier Evêque de Rome, alors capitale des Empereurs, et depuis lors capitale de la foi catholique, siège aujourd'hui du successeur de Pierre et Vicaire du Christ, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, avec qui nous nous sommes rencontrés ce matin, au début de notre pèlerinage; ce fut une rencontre spirituelle de foi, une rencontre de la grande famille catholique; le Saint Père nous a reçus avec grand amour, en compagnie de mes frères les Evêques du Saint-Synode, des Supérieurs Généraux, des Supérieures Générales, de prêtres, religieux et religieuses, et d'un grand nombre de fidèles de l'Eglise Grecque-Melkite Catholique, des pays arabes du Proche-Orient et du monde de l'émigration.

Antioche, Damas, Jérusalem et Alexandrie font ce pèlerinage à Rome, la Ville Eternelle, gardienne de la sainte foi chrétienne, sous la houlette du Pasteur des Pasteurs, Sa Sainteté le Pape, et de ses collaborateurs de la Curie Romaine, dont sont présents aujourd'hui parmi nous Son Eminence le Cardinal Leonardo Sandri, Préfet de la Congrégation pour les Eglises Orientales, et son prédécesseur, Sa Béatitude Eminentissime le Cardinal Ignace Moussa Daoud, fils de l'Orient, Patriarche émérite d'Antioche des Syriens.

Notre pèlerinage d'aujourd'hui est aussi un prélude aux célébrations de l'Année de Saint Paul, que le Saint Père a annoncée, qu'il ouvrira le 28 juin prochain ici même, et qui se terminera le 29 juin 2009. Nous avons déjà prévu un grand programme pour la célébration de cette Année à Damas, et nous serons, à cet effet, en continuelle relation et coordination avec Son Eminence le Cardinal Andrea Cordero Lanza di Montezemolo, Archiprêtre de cette Basilique, qui nous donne l'hospitalité aujourd'hui.

 

Souvenirs personnels

Notre pèlerinage a une signification spéciale pour moi, car c'est le prélude de mes noces d'or sacerdotales, ayant été ordonné prêtre en l'Abbaye de Notre-Dame de Grottaferrata le 15 février 1959, et j'ai célébré la Divine Liturgie pour la première fois le lendemain, en cette Basilique, sur ce même autel.

Dans l'Abbaye adjacente, j'ai passé trois ans, jouissant de l'hospitalité des Pères bénédictins, et aujourd'hui nous avons eu la joie de visiter son Révérendissime Père Abbé, Dom Edward Power. J'ai vécu dans cette Abbaye avec huit de mes confrères, moines de l'Ordre Basilien du Très Saint Sauveur, à qui le Père Gabriel Acace Coussa, de l'Ordre Basilien Alépin, alors Assesseur de la Congrégation pour l'Eglise Orientale, futur Cardinal et Secrétaire - malheureusement mort prématurément de la même Congrégation, avait donné l'opportunité de venir continuer leurs études à Rome.

Ici même, j'ai eu la joie d'assister à la Sainte Messe célébrée par le Bienheureux Jean XXIII le 25 janvier 1959 pour la fête de la Conversion de Saint Paul sur la route de Damas, fête patronale de cette Basilique, puis, après la célébration, j'ai eu le privilège, avec les moines de l'Abbaye et mes confrères salvatoriens, d'être présent au discours que le Pape prononça, à l'intérieur de l'Abbaye, dans lequel il annonça la convocation du Concile Vatican II, dont il précisa la finalité: "pour l'unité des chrétiens" .

Paul, Apôtre de Jésus-Christ, a porté à Rome et au monde entier cette Orientale Lumen, le message du Christ venu de l'Orient; à travers ses Epîtres et ses voyages apostoliques autour de la Méditerranée, il a donné à l'Orient et à l'Occident la théologie et la spiritualité de l'Evangile. Paul, Apôtre des Nations, est le vrai signe du dialogue dans le monde entier.

Dans cette Ville Sainte, nous sommes heureux de proclamer de nouveau notre communion spirituelle avec l'Eglise de Rome, et nous voudrions répéter les paroles du Concile de Chalcédoine, en 451, dont les Pères, après avoir écouté le Tomos du Pape Saint Léon le Grand, ont proclamé que "Pierre a parlé par la bouche de Léon". Nous gardons aussi le souvenir de notre prédécesseur Pierre III d'Antioche, qui écrivait à son confrère le Patriarche de Constantinople Michel Cérulaire, après la discorde de celui-ci en 1054 avec le Cardinal Humbert de Silva-Candida: "Tous les malheurs présents (...) ne proviendraient-ils pas d'ici, je veux dire de cette longue séparation, de cette mésintelligence de notre Eglise avec le Siège Apostolique?"

Aujourd'hui, plus que jamais, nous avons besoin de cette voix de Pierre et de son successeur, le Pape de Rome, et de tous les Pasteurs de l'Eglise. Oui, nous avons besoin de cette unité chrétienne, qui s'est exprimée ex cathedra, d'une manière imposante et mondiale, à travers les messages du Pape et des Papes. Le Pape, successeur de Saint Pierre, a toujours la mission que Jésus a confiée à Pierre: "Et toi, confirme tes frères".

Le Pape est une nécessité chrétienne, et je dirais mondiale, une nécessité de la foi, car c'est lui qui est, avec tous les Pasteurs du monde chrétien, appelé à fortifier, à confirmer les chrétiens dans leur foi, dans les grandes valeurs spirituelles.

Comme nous demandons dans notre prière liturgique pour le Pape, pour le Patriarche et pour les Evêques: "Qu'ils dispensent fidèlement les paroles de ta vérité".

Nous avons besoin de cette unité afin de réaliser l'expérience de l'Eglise primitive de Jérusalem, la Mère de toutes les Eglises, comme nous lisons au chapitre IV des Actes des Apôtres, que les chrétiens n'avaient "qu'un cœur et une âme", et "entre eux tout était commun".

Ici présents, à Rome, nous sentons plus que jamais l'importance unique de notre mission en Orient et en Occident, pour tout ce qui se rapporte à la présence chrétienne, à la convivialité et au dialogue des chrétiens avec les autres chrétiens et avec les musulmans, un dialogue mondial. Nous, en Orient, nous avons cette mission très spéciale, comme celle que Saint Paul a portée, qui est d'être présents et, comme Jésus l'a dit, "levain dans la pâte", dans le monde arabe, qui compte 300 millions de personnes, à majorité musulmane.

Nous demandons à Dieu de fortifier la foi juste et orthodoxe, comme Saint Paul, à Ephèse, a prié, à genoux, pour l'union des chrétiens et pour une plus profonde compréhension du mystère du Christ, dans toutes ses dimensions, dans sa largeur, sa longueur, sa profondeur et sa hauteur.

Nous avons besoin de Saint Paul, de son enseignement, pour avoir plus de courage dans la vie chrétienne, et surtout nous avons besoin d'expérimenter, nous aussi, cette rencontre qui a changé la vie de Paul de Tarse et toute la trame de l'histoire de l'Eglise et du monde entier: la rencontre de Paul avec Jésus, qui lui a donné la possibilité de comprendre, de trouver l'anneau de la vraie rencontre avec la philosophie grecque et avec la révélation divine, comme ce fut le cas plus tard pour lui à Athènes. Sa rencontre avec Jésus l'a rendu fort pour rencontrer tout homme, afin d'être, comme il l'a dit, "tout à tous", afin que chacun obtienne l'intelligence par la connaissance du Christ, afin de gagner le monde et tous les hommes à Jésus-Christ.

Aujourd'hui, le monde a plus que jamais besoin de cette rencontre vraie avec le Christ, dans la foi, afin que nous puissions affronter le monde, la nature, l'environnement, toute la création dans tous ses éléments, pour que l'homme soit vraiment roi de cette création comme Dieu l'a fait, et comme le rappelle le Psaume 8: "Tu l'as couronné d'honneur et de gloire; Tu l'as fait régner sur les œuvres de tes mains".

La rencontre avec Dieu est à la base de la rencontre des civilisations, des cultures, des peuples et des nations dans leurs diversités et dans leurs croyances. La rencontre avec la personne de Jésus-Christ est la base de la vraie mondialisation, de la vraie globalisation.

Aujourd'hui, plus que jamais, chers Frères et Sœurs ici présents, et à travers vous je le dis à tous les fidèles de l'Eglise Grecque-Melkite Catholique, nous avons besoin d'approfondir cette rencontre avec le Christ. Nous l'avons rencontré d'abord le jour de notre baptême et de notre chrismation, nous l'avons reçu dans l'Eucharistie et dans l'Evangile. Notre approfondissement doit se faire à travers les Sacrements, les saints Mystères de l'Eglise, à travers notre vie chrétienne selon l'Evangile, afin de rencontrer, à travers Jésus et à travers notre foi, notre monde et notre société, l'autre, le frère de notre communauté, notre frère de n'importe quelle religion, culture ou civilisation, pour pouvoir ainsi être le levain dans la pâte de notre société, la lumière pour le monde, et le sel pour donner un sens à la vie.

C'est là le sens de notre vocation de chrétiens orientaux, dans notre monde arabe à majorité musulmane, et de notre vocation de grecs-melkites catholiques en relation avec le monde occidental, en pleine communion avec l'Eglise de Rome, qui "préside dans la charité", selon les mots de Saint Ignace d'Antioche.

Nous avons, chers Frères et Sœurs, à travers ces convictions, ces données et ces valeurs constantes de notre vie, à être des serviteurs de l'unité chrétienne et humaine. Avec témérité, j'ose dire que nous devons être un modèle de l'unité chrétienne et les grands promoteurs de cette unité, "afin que le monde croie", afin que l'on puisse arriver, dans ce monde, à la pleine stature du Christ, afin que nous soyons "l'Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique", avec un même Pasteur, Jésus-Christ, qui est "l'Evêque de nos âmes", comme dit Saint Irénée.

Selon les mots de Saint Paul, "nous sommes un seul corps, nous avons un seul baptême et une seule foi", et nous sommes tous unis à ce grand homme-Dieu, le nouvel Adam, Jésus Christ; à Lui la gloire dans les siècles des siècles. Amin.

 

+ Gregorios III, Patriarche

Annexe: Ma relation avec Saint Paul

 

1. - Je suis né à Daraya, près de Damas, un des lieux où semble s'être produite la conversion de Saint Paul, sa rencontre avec Jésus, lorsqu'il venait de Jérusalem pour persécuter les premiers chrétiens de Damas. La localité de Daraya est citée dans plusieurs documents anciens de pèlerins et autres.

2. - Ma mère était née à Khabab, dans le Hauran, région alors appelée "Arabie - dans laquelle Saint Paul s'était enfui et où il avait cherché refuge, après que les premiers chrétiens l'eussent fait s'échapper hors des murs de Damas, à l'endroit où se trouva ensuite la porte Kissan, car les Juifs voulaient le tuer. Saint Paul y resta pendant trois ans, comme il le raconte dans l'Epître aux Galates.

3. - Mon prédécesseur le Patriarche Maximos V Hakim, lorsque j'étais Vicaire Patriarcal à Jérusalem depuis sept ans, me conféra la chirotonie épiscopale le 27 novembre 1981, comme Archevêque titulaire de Tarse, titre que j'ai gardé pendant dix neuf ans, jusqu'à mon élection au siège patriarcal en l'an 2000.

4. - Ma résidence patriarcale officielle est à Damas, où le Patriarcat grec-melkite catholique d'Antioche est situé au quartier de Zeitoun, près de la Via Recta et de la Porte Orientale (Bab Sharqi), que je peux à bon droit appeler le quartier de Saint Paul, avec la chapelle de Saint Ananie (lieu du baptême de l'Apôtre); ce fut tout le quartier de la première chrétienté de Damas, fondée peu de temps après l'événement de la Pentecôte et le départ des Apôtres pour annoncer l'Evangile.

Puisse Saint Paul bénir ma vie, mon apostolat et mon ministère patriarcal!

 

 

Son Eminence Révérendissime
Le Cardinal Andrea Cordero Lanza di Montezemolo
Archipêtre de la Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs
Cité du Vatican


Prot. N? 112 /2008D Damas, le 8 Mars 2008.

Eminence Rérendissime,

En premier lieu, je tiens à vous remercier de l'hospitalité de votre Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs pour la Divine Liturgie que je concélébrerai le 8 mai prochain, à 17 heures, comme suite priante de notre rencontre avec le Saint Père dans la matinée de ce même jour.

D'autre part, je souhaite que nous restions en contact au sujet des célébrations de l'année de saint Paul qui, comme j'ai déjà eu l'occasion de vous l'écrire, intéressent tout spécialement Damas, ville dont la communauté chrétienne est très liée à l'Apôtre des Gentils depuis ses origines.

Nous aurons à Damas un triduum d'ouverture de l'anné de saint Paul du 25 au 27 juin. Serait-il possible qu'un représentant spécial du Saint Père y assiste? Serait-il possible que je participe, le 28 juin, à la célébration d'ouverture par le Saint Père dans votre Basilique?

A propos de l'année de saint Paul, d'autre part, je voudrais vous signaler que des fidèles damascènes de notre Eglise Grecque-Melkite Catholique ont entamé le projet de réaliser un film (en arabe) sur la vie de saint Paul. J'en ai lu le script, qui est très intéressant et instructif. Les promoteurs de cette initiative se sont adressés à moi pour solliciter une aide, et principalement des pistes de financement pour ce film, qui sera d'une haute qualité, ce qui suppose un coût élevé.

Je vous serais très reconnaissant s'il vous était possible de me donner quelque orientation sur ce point.

A cette occasion, je suis heureux de vous renouveler, Eminence Révérendissime, l'assurance de mon fraternel et religieux dévouement.

 

+ Gregorios III, Patriarche